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27/04/2015

À TEMPS

 

  

 

des règles non écrites

 

j'en ai trouvées la nuit

 

j'en ai trouvées à la piscine municipale

 

le jour où j'ai oublié mon maillot

 

j'en ai trouvé à une hauteur raisonnable

 

mais largement suffisante pour me donner le vertige

 

j'en ai trouvé sous le pas de charlatans remarquables

 

j’en ai trouvé

 

les jours de panne

 

les jours de grève générale insuffisamment suivie

 

ces règles non écrites concernaient

 

l'humour d'une respiration

 

des odeurs non répertoriées dans la littérature française

 

des chansons mortes

 

la politesse des rois et des manants

 

l'humidité d'une femme

 

la sècheresse d'une autre femme

 

le jeu de l'asphalte sous la chaleur

 

le jeu de l’eau en hiver

 

le craquement d'une vie d’homme

 

tout ce que nous produisons et que seuls

 

les animaux

 

perçoivent

 

afin de nous éviter

 

 

 

F.Houdaer, in "ENGEANCES"

12/04/2015

Vrac de vrac # 28

Quelques textes de moi et (surtout) des articles intéressants à lire sur le site du GRAIN DE SEL (le journal des communistes de la Croix-Rousse).

Autrement, cette semaine... Ce jeudi par exemple, si vous voulez vérifier que mon accent italien est meilleur que mon accent anglais (pas difficile)...

les ailes du désir,wim wenders,le grain de sel,le journal des communistes de la croix-rousse

Et ce dimanche surtout, immanquable (et toujours gratuit) :

les ailes du désir,wim wenders,le grain de sel,le journal des communistes de la croix-rousse

En résumé :

 

24/03/2015

PASOLINI SUR FOND D’ENNIO MORRICONE

 

d’un coffre rudimentaire

on sort d’extraordinaires pelisses

le générique est long

 

voiture des années 70

une Fiat blanche

dans le fossé

un homme blessé

supplie une femme plus jeune que lui

prête à décamper

 

percussions dans l’air et

rongeurs écorchés

pendus tête en bas

aux branches des arbres rachitiques

percussions deviennent

bruits de cloches

un prêtre séduisant est contraint de gravir des marches

les yeux bandés

une vieille aristo

reste cachée derrière son fauteuil

intérieur extérieur

un enfant enterre

une escalope d’homme

sous le regard impassible de Maria Callas

qui finit par prononcer quelques mots d’italien

mal doublés

tandis que des villageois masqués

courent dans la garrigue

 

ça n’a aucune chance de bien finir

 

une femme démêle

une épaisse pelote de laine écarlate

c’est comme si elle jouait avec de la barbaque

des chiens et des chasseurs traquent une mariée

jusqu’à une église de western spaghetti

et cette scène semble moins violente que la précédente

la mariée en fuite

décapite un homme au passage

la tête retrouvée dans le désert

arrêtera la meute

la freinera à tout le moins

puis ce sera un bras

une jambe

à chaque fois

le morceau sera récupéré avec soin

par les poursuivants

qui l’envelopperont dans une étoffe

tandis que la fugitive

gagnera le temps nécessaire

pour sauver sa vie

enfin c’est ce qu’elle croit

 

Pasolini a beau préférer les hommes

il sait que ce ne sont pas eux qui comptent le plus

message reçu cinq sur cinq

mon gars

 

une brune devient blonde

une blonde devient brune

une rousse se rase le crâne

une femme reste femme

pour pencher sa tête hors du lit

et zoom sur la main qui ramasse la rose tombée au sol

une sarabande d’étudiants joués par des acteurs trop âgés

passe devant la caméra

ce n’est plus du Pasolini me dit-on

qu’importe

Pasolini je le place où il me sied

et si je le veux polonais

il le sera

 

Frédérick Houdaer

(texte publié dans l'anthologie "Un printemps sans vie brûle" aux Editions La Passe du Vent)

 

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19/01/2015

ÉLOGE DU TERRORISME ?

je me suis laissé pousser des cornes

la veille au soir

pour affronter mon rival

sauf qu’au moment de lui rentrer dedans

je m’aperçois que j’ai changé de sexe

et je mets les pouces

avant de grimper dans le premier train

pour m’éloigner du conflit

erreur

dans la rame où  j’ai embarqué

les gens se parlent mal

très mal

la cause de leur énervement

est-ce

ce contrôle des bagages

un peu poussé

auquel nous avons été soumis

dès la gare

à croire que nous nous apprêtions

à prendre l’avion ?

toujours est-il qu’à  présent

devant moi

le ton monte

entre une mamie et son voisin

un peu plus loin

deux jeunes femmes font hurler

une famille entière

en dressant une barricade de bagages

le contrôleur est là

mais il ne peut intervenir

occupé qu’il est avec un type écarlate

tout ce petit monde ne se calme

qu’à la vue de mes cornes

 

F.Houdaer, extrait d'un recueil à paraître aux Carnets du Dessert de Lune

21/12/2014

21 DÉCEMBRE

je ne sais même pas où j’ai joui en elle

quel orifice j’ai fini par trouver

après l’avoir retournée à plusieurs reprises

pour finir par la plaquer allongée sur le ventre

il faisait tellement noir

elle était étroite autour de moi

avais-je explosé dans son cul

j’ai rallumé la lampe

pour attraper ce bouquin que je voulais finir de lire

oui

c’est ce que j’ai trouvé de mieux à faire

à cet instant

ce livre d’entretiens avec Guillevic

c’était tout de même quelque chose

on ne risquait pas d’y trouver

les âneries d’un Freud sur les poètes et la poésie

qu’elle s’était flattée de

me faire découvrir au début de notre relation

elle m’a demandé ce qui se passait

elle m’a montré l’heure au radio-réveil

et s’est inquiétée qu’il fasse encore nuit

j’ai souri

encore une personne toute d’intelligence

qui ignorait superbement

le solstice d’hiver

et doutait que de cette nuit-là

le soleil ressorte

invaincu

 

extrait de mon recueil à paraître aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune

Quelques solstices vus par d'autres poètes ?

 

03/12/2014

TRI SÉLECTIF

 

le supplément littéraire d’un fameux journal

déborde de la poubelle de mon immeuble

je l’y laisse

remonte sur mon palier où

ma voisine enseignante

m’invite à récupérer

ce qu’elle vient de jeter

avec un clin d’œil

vous voyez

je pense à vous

 

"Engeances", éd. La Passe du Vent

 

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05:19 Publié dans a.2) MES TEXTES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : engeances

09/11/2014

C’EST CELUI QUI DIT QUI

 

je demande peu de choses à mes frères

je leur demande beaucoup

je leur demande tout

mais pas ce qu’ils s’imaginent

de l’imagination de toute façon

ils en ont peu

et le peu qu’ils ont

ils ne savent s’en servir

que pour réduire leur monde

je demande peu de choses à mes frères

mais je connais le rôle infiniment précieux

infiniment terrible

qui est le leur

dans ma vie

une fois qu’ils l’ont rempli

sans  même s’en être rendus compte

je n’ai plus qu’à aller courir dans mon quartier

de façon à dessiner de drôles de figures au milieu des immeubles

à tenter des trajectoires capables de changer la ville

le monde

et le fond de mon cœur

et ce qui le ronge trop facilement


 

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Extrait de "FIRE NOTICE".

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