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21/10/2014

POUR L’ANECDOTE

à quinze ans

grâce à mon premier job

formidablement pénible

je me suis offert les services

du seul prof digne de ce nom

que j’ai connu dans mon adolescence

une machine

un magnétoscope

je me suis passé

« Massacre à la tronçonneuse »

et

« Le journal d’un curé de campagne »

dans la même journée

 

aujourd’hui

j’écris de la poésie

 

09/10/2014

ÉLOGE DU CAPITALISME

ÉLOGE DU CAPITALISME

                                    (à Jérôme Leroy)

 

quand nos filles seront toutes des putes

quand elles vendront toutes leurs petites culottes sales

sur Internet

au plus offrant

cela fera toujours moins de lessive à faire

pour leurs parents

 

 

extrait d'un recueil à paraître aux Editions Les Carnets du Dessert de Lune

10/09/2014

POURQUOI ELLE ?

je comptais beaucoup

sur le film que nous allions voir ensemble

pour la fragiliser

j’espérais ne faire qu’une bouchée d’elle

à la sortie du cinéma

la toile ?

on la disait commise par un disciple de Jodorowsky

et de Zulawski

on en parlait comme du film le plus dérangé

et le plus dérangeant

de toute l’histoire du septième art

las

quand nous avons retrouvé la lumière du jour

sur le trottoir

nous avons lu

chacun dans le regard de l’autre

l’ennui qui nous avait travaillé deux heures durant

et maintenant ?

elle attendait visiblement à ce que je fasse

quelque chose

pour sauver la situation

et l’après-midi

et nos vies

j’ai regardé son visage

bronzé comme il ne l’avait jamais été

cela ne me plaisait pas

je savais qu’elle n’avait pas gagné son hâle sur une plage

mais dans son jardin

elle se vantait de mener une vie parallèle de paysanne

mais s’il y avait bien une pensée que

pour rien au monde

je n’aurais avouée

c’était que j’étais prêt à m’encalminer à la campagne

pour la voir chaque jour

s’agenouiller dans la terre

même si l’aventure devait avoir un coût exorbitant

même si cela devait finir dans le sang

du sang nous venions d’en voir plein l’écran

aucun de nous n’en avait été effarouché

 

F.Houdaer, extrait d'un recueil à paraître aux Carnets du Dessert de Lune

30/08/2014

GARE DE L’EST

 

si j’en crois Fénelon

ma langue est un patrouillis de grec

de latin

d’allemand

sans oublier des restes de gaulois

ou de celte

comme bruyère

goéland

épervier

fauteuil

si j’en crois Laborit

je ne suis qu’un fuyard

si j’en crois Nietzsche

il ne faut pas faire confiance aux poètes

si j’en crois le tableau des départs de la S.N.C.F

j’ai raté mon train

si j’en crois ma peau

je vais aborder cette femme assise contre le distributeur de sucreries

 

F.Houdaer, extrait d'un recueil à paraître aux Carnets du Dessert de Lune

 

13/08/2014

Plus qu'un bon souvenir...

lille.jpg

C'était il y a (déjà) cinq mois, mais le youtubage est tout frais (que le meilleur des hôtes, F-X Farine, soit ici encore remercié) :

 

Les blogs de Sophie G-Lucas et de Marlène Tissot figurent dans la colonne des liens, sur la gauche de mon blog.

30/07/2014

Il y a des textes de circonstances...

... Il n’y a peut-être que cela…

Pendant une dizaine d’années, tout auteur Rhône-Alpin a pu postuler à une résidence d’auteur Montréalaise (comme il s’agissait d’un échange, un auteur Québécois se rendait à Lyon à chaque printemps, c’est comme cela que j’ai pu retrouver, entre autres, François Barcelo).

Après Patrick Laupin et avant Patrick Dubost, j’ai eu la chance de décrocher cette résidence lors de l’hiver 2002-2003. C’est peu dire qu’elle a été déterminante, puisque je l’ai obtenue en tant que « romancier » et  j’en suis revenu, sinon « poète », en tout cas bien gagné par le virus de la poésie (c’est là-bas que j’ai écrit la plupart des textes de « ANGIOMES »).

Quand cet échange de résidence a été supprimé voilà quelques années, pour des raisons budgétaires et très soudainement (sans que les auteurs de Rhône-Alpes ne protestent), l’Arald a demandé aux anciens bénéficiaires du studio-avec-vue-imprenable-sur-le-Carré-Saint-Louis-et-Mont-Royal un texte évoquant leur parenthèse Montréalaise. Le mien, comme celui des autres, a été publié dans une plaquette aujourd’hui introuvable. Je le copie-colle aujourd’hui sur mon blog :

 

MONTREAL.jpg

 

CONTE À REBOURS

 

Nature of request : Visit of Mr Jean-Pierre Houdaer, QS Supervisor, BSN / Mr A.Chauvel, Quality Director, Cordon Blue Int.

September 13, 1976

Mr Houdaer, QS supervisor of BSN in France will be visiting Brockport on September 13. He will be accompanied by Mr Alan Chauvel who will be acting as his interpreter. During Mr Houdaer’s visit, he would like to review the QA Department function, organization and procedures at the Brockport plant.

J’ai sept ans et tu pars au Canada-Québec (pas moyen de comprendre à l’époque s’il s’agit d’un seul et même pays, personne pour m’expliquer autour de moi). Tu pars visiter des usines, les chutes du Niagara. Le boulot avant tout. D’abord, les usines.

1976 : ce voyage organisé dans le cadre de l’office franco-québécois a pour but d’étudier les méthodes nord-américaines de contrôle et gestion de la qualité et de comparer celles-ci aux méthodes européennes.

Tu observes, interroges, griffonnes dans un petit carnet des lignes que je ne lirai que vingt-cinq ans plus tard :

Les normes de l’État Canadien imposent que l’ASSURANCE QUALITÉ du produit final ((les 10% du personnel) ne dépende pas de la production.

Est-ce pendant ton séjour à l’étranger que je décide de devenir écrivain ? Je n’en suis pas sûr. L’âge correspond pourtant. J’ai sept-huit ans et je me lasse de mettre en scène la crémation de Playmobil sur leur lit de Lego.

Tu as 33 ans quand tu atterris en Amérique du Nord. J’ai 33 ans aujourd’hui, et je pars dans un mois. Je me prépare. Je lis. Je relis dans tous les sens (Barcelo, Ducharme, Laferrière), je me marie et je tapisse les murs de la salle des fêtes de textes de québécois (Miron, Giguère, Duguay, Morency, Aquin), je punaise des poèmes jusque dans les toilettes, c’est presque trop, il y a de quoi en faire retourner plus d’un dans sa tombe… Et toi, que pouvait-on lire le jour de ton mariage ?

J’effectue une recherche sur Internet et me débrouille comme un plouc. Je tape « Québec », lance ma demande et obtiens 3 840 000 réponses. Ma fille vient m’embêter. Elle pose ses pieds sur les miens, je la saisis par les poignets et nous marchons ainsi dans l’appartement. Avec ce poids supplémentaire à soulever, mes chevilles souffrent. À cet instant, je dois peser aussi lourd que  toi à mon âge, à la veille de partir.

L’opérateur de production est responsable de la qualité produite. Toutes ses fiches de travail sont vérifiées par le contrôle qualité. Il possède des fiches de contrôle statistique à remplir.

Tu notes pourcentages, températures et indices de toutes sortes. Tu remplis ton petit carnet de schémas que je ne parviens pas à lire. On dirait des croquis réalisés par un Ufologue sous acide.

PROFIL DES PARTICIPANTS :

12 responsables de départements qualité (ou chefs de service contrôle) dans les secteurs industriels suivants :

- industrie  spatiale (CNES) et nucléaire (CEA)

- matériels  électriques et électroniques

- matériels électromécaniques et mécaniques

- autres secteurs : fonderie – caoutchouc / plastique – verrerie / emballage

Tu entres dans cette dernière catégorie. Vous êtes douze. Un bon chiffre.. Le même que celui des apôtres dont maman ne cesse de me rabâcher les Actes, le même que celui des salopards dans ce film que l’on m’interdit de  voir.

Moi, en tout cas, je pars seul. Pascal Garnier – plus d’une résidence d’auteur à son actif – m’a dit « Seul avec ta bite et ton couteau ». L’expression m’a plu.

Tu pars au Canada et en reviens riche de mille diapos. Tu retrouves tes enfants. Et après ? Les vois-tu seulement grandir ? Je suis déjà adolescent. Asphyxie, poche d’oxygène sous la banquise, asphyxie, poche d’oxygène, j’entends que l’on gratte la glace au-dessus de moi. C’est Réjean Ducharme qui s’active. Sortie du Déclin de l’empire américain et de Jésus de Montréal sur les écrans français. Et toi, tu es où pendant ce temps ?

Jour J moins 30 avant le début de ma résidence montréalaise. Je me prépare (je l’ai déjà écrit). Je me prépare à l’idée de te téléphoner. Te reste-t-il un adapteur-transformateur à me prêter avant mon départ ? Voilà, je sais quelle première question te poser, je sais par où commencer quand je t’auraiau bout du fil. Pour le reste…

 

05/04/2014

EZRA POUND

 

Pound2.jpg

 

mon livre n’a pas fait sonner les portiques de sécurité

avant que je n’embarque dans l’avion

il aurait dû