19.07.2008

Maudit soit Andreas Werckmeister !

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« Rapidement exposées, les caractéristiques que les astronomes prêtent aux trous noirs, à savoir le fait qu’il s’agit d’un astre en fin de vie ne pouvant être directement observé, engloutissant toute forme de matière et d’énergie à sa portée et dont la présence nous est révélée par les étonnantes quantités d’énergie produites par sa gloutonnerie, nous font immédiatement songer à certaines œuvres phares de la modernité. Car, pour paraphraser le marquis (qui lui aussi fut divin à sa manière) Pierre-Simon Laplace, il est possible que les plus grandes œuvres littéraires, soient, en raison même de la densité à laquelle elles paraissent être parvenues, invisibles. Elles aussi déforment l’espace-temps à leur voisinage. Cachées bien qu’elles demeurent connues de tous (soyons quelque peu prudents : connues des honnêtes hommes, s’il en reste…), elles représentent de véritables puits de chaos au sein d’un univers autrement impeccablement ordonné, dont les règles et les usages sont enseignés depuis quelques siècles dans les universités, par de tranquilles et trop souvent imbéciles professeurs qui riraient s’ils me lisaient. »

Juan Asensio

« Maudit soit Andreas Werckmeister ! »

16.06.2008

"LA CHAIR"

Une publication très importante, la dernière bombe littéraire du sieur Rivron.

J'en ai signé l'une des deux préfaces. Rien à y rajouter :

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  LE TEXTE DE LA CHAIR

« La chair » est un livre que l’on aime et que l’on craint. Que j’ai aimé et craint. À sa lecture. Avant sa lecture, même. Serge Rivron, je connaissais. Déjà lu. Donc, l’envie quand il m’a envoyé son texte par Internet. L’envie, mais le retard (tiens, tiens…). J’ai tardé à lire « La chair ». Rivron me l’a envoyé en novembre 2007. On venait de me confier la charge d’une collection pour les éditions « À plus d’un titre » (Serge l’ignorait). J’ai tardé à lire son manuscrit, sachant qu’il n’était pas question d’y jeter un coup d’œil discret, que je ne sortirais pas indemne de sa découverte. Jean-Pierre Huguet, lui, a réagi au quart de tour. « Les sœurs océanes » UN, « À plus d’un titre » ZERO. Ou comment j’ai raté mon premier texte important.

 

Je l’ai déjà dit, je connaissais Rivron. Il est un kyosakuman de l’écriture. À l’instar d’un maître zen, il sait manier le bâton et viser juste. À chacune de ses frappes, une coulée de force traverse son lecteur, balayant toutes traces de mièvreries chez celui-ci.

 

Retour à « La chair ». On pourra convoquer les figures de Calaferte et de Bloy. On pourra parler d’un roman « pornographique » et « catholique ». On pourra. Ce ne sera jamais qu’une tentative pour désamorcer la charge du roman. Une façon de prolonger cette préface. Un moyen de retarder l’instant décisif pour toi, lecteur. Pour toi qui te tiens sur le seuil. N’attends rien de la lecture de ce roman. Attends-en tout. MAINTENANT.

Frédérick Houdaer

 

Pour commander cet ouvrage: http://www.editionhuguet.com serge rivron

SEANCE DEDIDACE à la librairie A plus d'un titre (4 quai de la Pêcherie, Lyon) le jeudi 26 juin, à partir de 18h30

 

31.05.2008

L'INDIC n°1

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Une revue belle, intelligente... ambitieuse et pas prétentieuse! Chapeau à Caroline, Emeric, Clément et les autres...

Vous pouvez commander le premier numéro en mettant un chèque de 4 Euros (deviendront jamais riches ceux qui s'occupent de cette revue, finiront pas rédac' chef du Figaro Magazine comme moi) à l’ordre de Fondu Au Noir, dans une enveloppe à destination du 27 rue Anatole Le Braz - 44000 NANTES. Contact : fan@nantes.fr

21.04.2008

What's new, doc ? Cioran !

Jamais fait partie des Cioranophiles, ni des Cioranophobes. Pourtant, j'avoue m'être régalé avec la lecture récente de ses "Entretiens". Au point d'éclater de rire (je ne me paye pas de mots) devant certaines de ces pages.

Pour ceux "qui ne verraient pas le rapport", je recopie les premières lignes du premier entretien:

François Bondy : Comment avez-vous eu cet appartement au sixième étage, d’où l’on a une vue magnifique sur les toits du quartier latin ?

Cioran : Grâce au snobisme littéraire. J’en avais assez depuis longtemps déjà de ma chambre d’hôtel de la rue Racine et j’avais demandé à une agente immobilière de me chercher quelque chose, mais elle ne m’avait rien montré. Je lui ai alors envoyé un livre que je venais de faire paraître, avec une dédicace. Deux jours plus tard, elle m’a conduit ici, où le loyer –croyez-le ou non- vaut à peu près cent francs, ce qui correspond à mes moyens d’existence. C’est comme cela avec les dédicaces d’auteurs. La séance de la signature chez Gallimard, chaque fois qu’un livre paraît, est une chose qui m’ennuyait et une fois j’ai négligé de signer la moitié de mon contingent de livres. Je n’ai jamais eu d’aussi mauvaises critiques. C’est un rite et une obligation. Même Beckett ne peut pas s’y soustraire. Joyce n’a jamais pu le comprendre. On lui avait dit qu’à Paris un critique attend toujours une lettre de remerciement de l’auteur quand il en a dit du bien. Et une fois il a consenti à envoyer à un critique qui avait publié une étude importante sur lui une carte de visite avec ses salutations. Mais l’autre a trouvé cela trop laconique et n’a plus jamais rien écrit sur Joyce.

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Dans un autre registre (et dans un autre entretien du livre), Cioran évoque de façon émouvante la figure d'un ami :

 

Esther Seligson : Quelle a été votre relation avec Michaux ?

Cioran : Je l’ai connu il y a plus de trente ans. Nous nous sommes très bien entendus, et nous avons toujours été amis. Nous parlions des heures au téléphone, et nous nous voyions tout le temps. L’âge en lui ne comptait pas, car il a toujours été vif, combatif, critique et drôle, curieusement épargné par la vie. Je me sentais plus vieux que lui. Il n’avait pas cette amertume qui nous vient avec les années, et je le surprenais souvent en flagrant délit d’optimisme. Il était très railleur et ironique. Il donnait l’impression d’être hors du monde, mais en fait, il était toujours au courant de tout, du cinéma, surtout. Sa vie a été une réussite, puisqu’il a fait exactement ce qu’il a voulu. Il a écrit, approfondi. Ce n’était pas un raté (la plupart d’entre nous le sommes dans une certaine mesure. Pour moi, la réussite est justement d’être un raté, encore que j’eusse pu mieux faire), et c’est pour cela que sa mort n’a rien de triste. (…) Je lui reprochais de s’affliger de la probable disparition de l’homme ; cet aspect naïf de la part d’un être aussi lucide et intelligent me surprenait.

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29.03.2008

actualité

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15.01.2008

lecture samedi prochain

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16.12.2007

LE MOYEN ÂGE LE PLUS ACTUEL

Quoi de neuf ? Le Graal ! Sa Quête, sa « demanda » pour être précis puisque les éditions Ellug nous offre aujourd’hui sa version castillane, pour la première fois traduite en français.

L’œuvre date du XVe et est attribuée au moine Juan Vivas. L’essentiel n’est pas là.

Cette « Quête du Saint Graal », qui a fait le bonheur de Don Quichotte en personne, s’inscrit dans toute une tradition de réécritures du mythe arthurien, marque l’aboutissement de trois siècles de littérature. D’une certaine façon, Juan Vivas a été un auteur bien plus européen que nombre de nos artistes contemporains.

Dans son œuvre, l’entrelacement narratif est la règle. Le départ pour la quête s’étant étalé sur cinquante pages déjà riches de scènes dramatiques, le conte se fragmente en autant de récits qu’il y a de personnages, qu’il y a de chevaliers engagés dans l’aventure. S’enchaînent exploits et défaites, serments et humiliations.

Ici, Lancelot reste sans connaissance vingt-cinq jours sans boire ni manger, là, une demoiselle portant l’épée se présente devant le Roi Arthur en son Palais aventureux. Un peu plus loin, trois héros « font la rencontre de la Bête aboyeuse », quand ce n’est pas le diable qui « apparaît au jouvenceau en proie au chagrin ».

Larmes et sang coulent d’abondance. Après la bataille des champs de Salesbières, « vous auriez pu voir tant de morts et de blessés qu’on n’aurait su les dénombrer. (…) Sept rois furent tués, et vous pouvez savoir lesquels par Le Livre du Brait. » Ainsi, le texte de la « demanda » salue-t-il à intervalle régulier d’autres sources de la littérature arthurienne, fait-il résonner les échos d’une culture celtique, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour une « partie d’échec » contée en castillan.

Frédérick Houdaer

 

« La Quête du Saint Graal et la mort d’Arthur »

de Juan Vivas

traduit du castillan par V.Serverat et P.Walter

édition Ellug

424p., 32€

ISBN 2 84310 084 4

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07.10.2007

"PARENTHESES" de Pascal Garnier

Au commencement, il y a la fin de la guerre. « Été 44. (…) On pourrait croire qu’il ne s’est rien passé ». Les drapeaux « ne sont plus bleu, blanc, rouge mais plutôt mauve, beige et rose fané ». Tout l’art de Pascal Garnier est déjà là, qui dépasse de loin le sens du détail. Des hommes « avec leur fusil de chasse encore plein de paille et leur brassard FFI de la dernière heure » tondent un trio d’amies. Des femmes que Garnier fait se perdre de vue puis se retrouver quarante ans plus tard grâce ou à cause de quelques contretemps. Pas n’importe où : sur l’épicentre de leur humiliation, une bourgade du bord de Cher.

Pour Garnier, aujourd’hui se conjugue au passé simple, et les souvenirs de guerre qui ponctuent le récit au présent. Ce choix n’a rien de gratuit. Une fois ouverte sa « Parenthèse », il sait qu’il lui faudra bien la refermer, et il n’ignore pas que le réalisme de son récit se renforce à chaque coïncidence troublante (par exemple, tous les allemands croisés dans le roman, même à 40 ans de distance, s’appellent Manfred). Héritier de Maupassant et de Simenon, Garnier sait aussi bien croquer certains ruraux dans toute leur cruauté, que camper des personnages féminins riches d’une force proportionnelle à leurs meurtrissures.
« Trois vieilles chouettes sur une branche pourrie. (…) Au fond, toutes ces années passées n’avaient fait qu’une grande boucle pour les ramener à ces trois gamines qui formaient une espèce de bande dans la cour de la récréation. Sûr qu’on devient ce qu’on a été. »
Et quand les animaux se mettent à parler à un personnage qui s’enlise (au sens propre du terme), comment ne pas songer à l’univers sombre et bucolique de « La nuit du chasseur », où la faune la plus glauque offre une sorte de réconfort après que l’humanité ait démontré toute sa saloperie.

Une dernière précision, et d’importance. Le roman se conclut sur la phrase : « Je suis heureux ». Est-ce bon signe ? se demanderont les afficionados de Garnier.

F.H.

Parenthèse
De Pascal Garnier
Editions Plon
184p., 16 euros
ISBN 2 259 19978 X

13.09.2007

Jean Marc Flahaut

Accompagnant le dernier numéro de la revue "MICROBE", un MI(ni)CROBE, une sorte de hors-série, consacré au jeune poète Jean Marc Flahaut. Un petit recueil intitulé "Nouvelles du front de la fièvre", consacré à Brautigan. Une merveille. Moi qui suis en train de travailler de nouveaux textes autour de Baudelaire, je suis resté admiratif devant ces poèmes habités par Brautigan sans que cela ne ressemble trop à un exercice de style "à la manière de".

Jean Marc Flahaut a un site.

extraits :

Lonely California

le studio
se situe de l'autre côté
aux environs du 2095
exactement à trois blocs de l'Université
et à moins de six
de l'entrée du parc
juste deux blocs plus loin que l'hôpital
et ses stores sont baissés

à l'intérieur
une fille et un garçon
nerveux et sur le point d'enlever tous leurs
vêtements pour faire l'amour

c'est lundi pour la plupart
des gens
partout et dans le monde entier
mais rien n'est fait
tout peut encore changer

  

Radio Shambala

elle pénètre
dans le Royaume d’Agharta
par la porte de derrière
vêtue d’un simple
tee-shirt d’un jogging en soie et
d’une paire de sandales
elle parle du brouillard
ce matin sur le pont
du bruit que font les bagnoles
dans la rue
et du concert d’hier soir
elle est jeune
et encore très belle
elle ignore jusqu’à quel point
avec ou sans moustache quel âge
ça me fait
obligé d’en passer par là
avec une princesse pareille

 

S'abonner à 10 # de "Microbe" + 5 mi(ni)crobes ne vous coûtera que... 22 €.

Pour plus d'informations: rvmicrobe@yahoo.fr

 

01.09.2007

RENTREE...

… et sortie d’un été compliqué (les initiés comprendront).

Sur le feu, plein de choses dont un roman en cours de rédaction (toujours), et deux commandes de textes :

L’un avec la Compagnie In Time pour le Musée d’Art Contemporain de Saint-Étienne

L’autre, écrit à quatre mains avec Fanny Britt, pour le colloque « Hommes et femmes : la révolution inachevée » dans le cadre des 20ème entretiens du Centre Jacques Cartier (rencontres franco-québécoises).

 

Dans ma pile de lectures en cours, la biographie de Topor récemment sortie. Je savais que sa famille avait failli être déportée, j’ignorais qu’il avait échappé de justesse à une rafle À LYON MÊME.

J’ignorais également que c’était Jacques Sternberg qui lui avait donné sa chance, un peu plus tard (Sternberg que j’ai lu cet été sur la plage grâce au « Cœur froid » que Eric m’a envoyé).

A signaler: Frantz Vaillant, l'auteur de "Topor ou le rire étranglé", a développé un blog autour du grand Roland. Travail exemplaire.

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