Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/01/2017

"FOND DE CANTINE" de Drieu La Rochelle (#3)

VENGEANCE

 

J’ai bu quatre bouteilles avec mes compagnons.

Qui d’entre nous fut plus bouffon

Que moi qui feignais la douceur ?

Trinquant d’un geste bénisseur

Je les encourageais à souiller de dédains

Les héros et les saints

Et l’orgueil de mourir

Grave frivolité

Pour une idée.

Eux donc me méprisaient non sans cordialité

D’être homme intelligent, de payer ce délice

Et de feindre des amours vaines

Pour quelques sacrées rengaines.

 

Je riais narquoisement

Et tout bénignement

Faisant ma prière

Au dieu de la guerre

Et des révolutions

Vouais à la juste gueule de ses puissants canons

Ces bons compères

Mes compagnons.

 

Pierre Drieu La Rochelle, « Fond de cantine » (1920)

 

07/01/2017

"FOND DE CANTINE" de Drieu La Rochelle (#2)

Dans le palais rouge, la dactylo papote tandis que les chefs tout neufs s’exhortent à commander : Chut ! le peuple vient de se retirer de la maison des jeunes mariés.

Devant le palais rouge, la mitrailleuse n’a pas l’air militaire. Un gros tube clos. Derrière le bec de gaz, par un petit trou, il en perce un regard oblique. On entend un tic-tac, le pas d’un ataxique. Cela débite à l’aveuglette des balles qui cinglent le pavé, pelletée de sable municipale.

Des soldats sur leur derrière font la guerre à leur façon.

Le taillis des machines dans l’atelier désert s’empêtre de courroies et de lianes. La matière se vautre dans son inertie au fond de la mine.

La dactylo tapote le verbe sur les feuilles touffues. Comme un démiurge trie les atomes, elle élit les touches. Le futur, infini, jusqu’à la dernière minute, se rétrécit soudain à la fatalité de l’alphabet.

La danseuse impériale se révolte contre le peuple parce qu’on ne trouve plus certains onguents pour ses pieds qui seuls peuvent débrouiller les figures de la beauté.

Cachant sous sa langue l’ordre de mobilisation révolutionnaire, l’envoyé débarque sur un continent placide et téléphone au camarade effaré.

Des armées victorieuses, ayant épuisé toute fureur, se complaisent, au bord d’un fleuve, en des musiques démodées.

Dans la terre slave aux chimies dissolutrices de l’esprit, la barbe de Tolstoï fleurira-t-elle perce-neige ?

 

Pierre Drieu La Rochelle, « Fond de cantine » (1920)

04/01/2017

John Berger (1926-2017)

Berger.png

Nous ne sommes que le petit côté des choses. Il faut faire corps avec leur centre.

Propos d’un vieux paysan savoyard (venant de perdre sa femme) à l’écrivain anglais John BERGER

 

05:49 Publié dans où je lis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john berger, berger