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14/12/2019

Folie ?

La folie contrôlée est l'art de la tromperie contrôlée ou l'art de faire semblant d'être complètement absorbé par une action en cours de feindre si bien que personne ne peut deviner que cette action n'est pas l'action réelle. La folie contrôlée n'est pas une tromperie totale, mais une façon sophistiquée, artistique d'être séparé de tout, tout en continuant à faire partie intégrante de tout. La folie contrôlée est un art. Un art très gênant et très difficile à apprendre. Beaucoup de sorciers ne le supportent pas, non parce qu'ils trouvent dans cet art quelque chose d'intrinsèque qui serait mauvais, mais parce qu'il faut beaucoup d'énergie pour l'exercer. [...] Quand nous accédons à la sorcellerie, notre personnalité est déjà formée et tout ce que nous pouvons faire, c'est pratiquer la folie contrôlée et nous moquer de nous-mêmes.  

Carlos Castaneda, "La force du silence"

 

05:31 Publié dans Boussole | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : folie, castaneda

05/11/2019

« Aujourd’hui j’ai invoqué tout dieu disponible dans la forêt embrumée... »

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J’ai oublié où j’ai entendu que les poèmes

sont censés réveiller les dieux endormis ;

de nos jours et à leur manière habituelle,

ils prennent des formes presque méconnaissables ;

l’un est un chien, l’autre un épouvantail

hors d’usage – les corneilles se perchent

sur ses manches fouettées par le vent,

l’un est un charpentier qui ne devient pas Jésus,

un autre une fille montée au ciel

soixante ans trop tôt. Les dieux meurent,

pas toujours de leur plein gré,

tels des chats myopes bondissant

entre deux immeubles de sept étages.

Un dieu a fait sortir des plumes hors de ma peau

pour que je vole, une faveur frisant la terreur.

Mais je ne dresse pas ici une carte des dieux.

S’ils habitent les rivières,

c’est qu’elles sont sans équilibre figé ;

les dieux détestent l’équilibre, car tout

ce qui vit bouge ; les rocs

sont une guerre d’atomes, le pissenlit

perfore le goudron de la route.

Le scarabée tropical de Seltzer grandit à partir

d’une boule larvée dans le bras d’un homme,

pour en sortir adulte, en agitant ses pinces.

Sur le mont Cuchama il y avait tant de dieux

qui passaient là que je me suis terré au creux

d’un rocher, réveillant l’un d’eux par accident.

J’ai fui en serrant les fesses, mort de trouille.

Je pourrais tracer une carte du lieu,

mais on ne les surprend jamais deux fois

au même endroit. 

 

Jim Harrisson, « Une heure de jour en moins » (trad. Brice Matthieussent)

 

01/11/2019

Toussaint

Qu'est-ce qu'un Saint ?

Un saint c'est quelqu'un qui a atteint une lointaine possibilité humaine.

Il est impossible de dire ce qu'est cette possibilité. Je pense que ça a quelque chose à voir avec l'énergie de l'amour.

Le contact avec cette énergie aboutit à une sorte d'équilibre dans le chaos de l'existence.

Un saint ne dissout pas le chaos ; s'il le faisait, le monde aurait changé depuis longtemps. Je ne pense pas qu'un saint dissolve le chaos même pour lui, parce qu'il y a quelque chose d'arrogant et de guerrier dans l'idée d'un homme mettant de l'ordre dans l'univers.

C'est une sorte d'équilibre qui fait sa gloire. Il glisse sur les congères comme un ski échappé. Sa course est une caresse de la colline. Sa trace est un dessin de la neige à un instant particulier de son rapport avec le vent et le rocher.

Quelque chose en lui aime tant le monde qu'il s'abandonne aux lois de la gravitation et du hasard.

Loin de voler avec les anges, il trace avec la fidélité d'une aiguille de sismographe l'état du paysage solide et sanglant.

Sa maison est dangereuse et limitée, mais il est chez lui dans le monde.

Il peut aimer la forme des êtres humains, les formes belles et sinueuses du coeur.

C'est bien d'avoir de tels hommes parmi nous, de tels monstres d'amour qui rétablissent l'équilibre.

 

Leonard Cohen, Les perdants magnifiques, 1966

 

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30/12/2018

Chère lectrice & lecteur de ce blog...

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 ... pour l'année 2019, je vous souhaite une année Hallelujah !

 

23:51 Publié dans Boussole | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2019, leonard cohen, cohen

23/10/2017

- Non mais...

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... C'est quoi ton truc, au fond, bonhomme ?

 

12/06/2017

"La joie qui avance chancelante..."

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La vie, man, la vie. Du jamais vu, je te le dis, de l’inédit jusqu’à aujourd’hui. Contemple et apprends, contemple et apprends. Tiens-toi tranquille et sache que la vie n’est que le bavardage de Dieu. Souvent, ce bavardage n’est que ça : du bavardage. Dieu divague, ou plutôt il semble divaguer. Il fait comme s’il divaguait, la canaille, ça fait partie de son éternel jeu de cache-cache. Un débit ininterrompu de situations, de collisions en apparence sans queue ni tête, de drames et de merveilles, parfois, entre surexcitation et abattement. Et puis il arrive que tout d’un coup, si tu regardes, si tu te tiens tranquille et que tu regardes calmement, la cohérence se fait jour. Le sens de ce discours selon toute apparence insensé se révèle et te foudroie. Le monde cesse d’être ce conte plein de bruit et de fureur raconté par un idiot et qui ne signifie rien. Ou, plus précisément, il demeure un conte plein de bruit et de fureur, mais plein de silence et d’amour, aussi, dit par une incommensurable intelligence et dont le sens fulgurant échappe à toute appréhension rationnelle, mais qui est pourtant bien là, de toute éternité.

 

18/03/2016

Au revoir, Denise

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... et merci.

 

07/05/2013

"Je n'ai jamais dit que j'étais un grand poète..."

 

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« Je ne savais pas qui j’étais, où j’allais, ce que signifiait le monde, de quoi les femmes étaient faites. La seule chose que je savais, c’est qu’il me fallait garder des traces de cette petite vie qui était la mienne (…) Je n’ai jamais dit que j’étais un grand poète ; je n’ai jamais essayé de faire croire que j’étais autre chose qu’un poète mineur et un faiseur de chansons. Je ne sais même pas quel nom coller à cette activité. Laissons aux spécialistes le soin de donner les appellations. J’ai seulement dit que j’avais tout consigné. Tout est là. J’ai accompli exactement ce que je m’étais proposé au départ, témoigner de mon voyage sans jamais porter de jugement. Mais le voyage est là. On ne peut pas en douter. »

Leonard Cohen

 

 

 

02/09/2012

"Chamanes au fil du temps"

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- Vous ne connaissez jamais vraiment les yoshi ; ils sont comme quelque chose que vous reconnaissez et, en même temps, ils sont différents – comme quand je vois un jaguar – il y a quelque chose en lui qui ressemble au jaguar, mais peut-être aussi quelque chose qui ressemble à l’homme – et il change… » Pour les Yaminahua, les yoshi échappent à toute définition univoque. Ils sont toujours « comme… et pas comme », « les mêmes… mais différents ».

 

Apprendre à être chamane consiste donc à apprendre à chanter, à entonner les chants au rythme puissant, à patiemment tisser des images verbales formulées dans le langage métaphorique et abstrus du chant chamanique, et à les suivre. « La chanson est une piste – tu la construis propre et droite et ensuite tu la suis. »

 

« Ce qui compte, comme le soulignent tous les chamanes, c’est qu’aucune des choses mentionnées dans une chanson ne soit évoquée par son nom véritable. »

 

Extrait du chapitre « Le chamanisme et le marché truqué » :

« Une fois transplanté et transformé en marchandise, le savoir indigène finit par adopter la nature fragmentaire de la société qui se l’approprie. C’est certainement la raison pour laquelle le savoir indigène ou local doit toujours rester épistémologiquement en marge de la connaissance globale. S’il y a une chose que la culture globale est incapable de capturer, c’est bien la nature holistique de la connaissance indigène. Mais même là où l’épistémologie est admirée, il n’existe pas de contexte approprié pour la croyance et la mise en œuvre du savoir.

Bien que l’astronomie voit toujours plus loin dans l’espace, le champ de la conscience humaine s’est rétréci du cosmos à la petite sphère terrestre. Ainsi, et de manière ironique, plus les choses deviennent globales, moins elles sont holistiques, puisqu’elles se confinent à notre planète. Entre-temps, la nature coercitive de l’interaction entre les composantes sociales du monde requiert, non pas l’homogénéisation du modèle Coca-Cola, mais le maintien d’un certain nombre de différences. Ces différences n’ont toutefois qu’un pouvoir relatif et impliquent une structure de classe ou une hiérarchie épistémologique, dans laquelle la connaissance globale ne peut être assurée de sa supériorité que si elle peut montrer du doigt d’autres types de connaissance inférieurs. Peut-être est-ce là la véritable conséquence de la globalisation : que la nature coercitive de l’interaction entre les différentes composantes sociales amène les parties les plus faibles à se soumettre ou à adopter des déguisements de plus en plus habiles. »

 

« Dans le cas du curare, l’écorce est râpée et placée dans une compresse faite de feuilles en forme d’entonnoir suspendu entre deux lances de chasse. On y fait ensuite passer de l’eau froide par percolation, puis on recueille les gouttes dans un pot de céramique. Ce liquide de couleur sombre est doucement chauffé sur le feu et amené plusieurs fois à légère ébullition, jusqu’à ce qu’il s’épaississe. Il est ensuite refroidi puis réchauffé à nouveau, jusqu’à ce qu’une couche épaisse d’écume visqueuse se forme graduellement à la surface. Une fois l’écume retirée, on plonge les pointes des fléchettes dans le liquide visqueux, après quoi elles sont séchées précautionneusement près du feu. Si la procédure est en soi banale, le fait de comprendre que cette substance, tirée d’un nombre infime de lianes par rapport aux centaines d’espèces peuplant la forêt, est inactive quand on l’administre par voie orale mais  létale en injection intramusculaire fait appel, en revanche, à un processus cognitif profondément articulé.

Dans le cas de l’ayahusca, c’est la sophistication de la préparation elle-même qui est impressionnante. La drogue peut être préparée de différentes manières, mais, habituellement, on racle l’écorce fraîche de la tige, puis on la fait bouillir pendant plusieurs heures, jusqu’à la formation d’un liquide épais et amer. (..) De façon évidente, les effets psychotropes de l’ayahuasca sont extraordinairement rehaussés si l’on y ajoute un certain nombre de plantes subsidiaires. Il s’agit là d’une caractéristique de bon nombre de préparations indigènes traditionnelles. »

« Chamanes au fil du temps », Narby/Huxley