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07/08/2016

Bientôt, la route des vacances...

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04/07/2016

Le sapin pousse dans les caves

J'ai souvent entendu parler des détectives privés, mais je n'avais jamais eu l'occasion d'en voir un d'aussi près, fit-il. C'est peut-être impardonnable pour un écrivain, mais le fait est là. Et nous ne pouvons tout savoir et connaître. En quoi consiste exactement votre tâche?

— Nous filons surtout des maris pour le compte de leur femme et des femmes pour le compte du mari, expliquai-je. Parfois, ça va plus loin... Quand on commence une enquête, on ne sait jamais dans quelles ramifications elle va nous entrainer.
— Je vois...
Il prit brusquement un air aussi concentré que le lait qui fait les plus beaux nourrissons du monde :

... Des cas psychologiques intéressants ? Vous comprenez, je suis écrivain et...
— La vie est certainement plus compliquée et fertile en péripéties que tout ce que vous pouvez accumuler dans vos livres, dis-je. Mais elle est aussi plus secrète. Alors, n'est-ce pas ? Vous, avec votre imagination, vous concluez. La vie ne conclut pas.

Léo Malet
Le sapin pousse dans les caves

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02/07/2016

"De si jolis chevaux"

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Son père fumait. Il l’observait.
- Tu vois toujours la petite Barnett?
Il hocha la tête.
- Elle t’a plaqué ou c’est toi qui l’a plaquée?
- J’en sais rien....
- Alors c’est elle qui t’a plaqué.
- C’est ça.
Son père acquiesça. Il fumait. 

Cormac Mac Carthy, "De si jolis chevaux"

 

12/05/2016

Wisława Szymborska

Comme beaucoup d'ami-e-s, je ne l'ai découverte que l'année où lui a été attribué le prix Nobel de littérature. D'ordinaire, je ne m'intéresse pas à ce genre de récompense, mais cette fois-ci, que le prix aille à un poète  + une femme + une polonaise + maniant l'humour... cela m'a intrigué.

Depuis lors, je n'ai cessé de la retrouver sur ma route de lecteur.

Un portrait.

Quel recueil vous conseiller ? Sans doute "De la mort sans exagérer" ou "Je ne sais quelles gens" (trad. Piotr Kaminski), éd. Fayard.

Deux extraits :

" Voilà les petites filles,
maigres, et sans certitude
que leurs taches de rousseur disparaîtront un jour,

n'attirant l'attention de personne,
elles marchent sur les paupières du monde [...] "

 

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" Un bon conseil :
n'emmenez pas de railleurs dans le cosmos.

Quatorze planètes mortes,
quelques comètes, deux étoiles ;
avant qu'on n'atteigne la troisième,
ils auront perdu tout sens de l'humour.

Le cosmos est ce qu'il est,
autrement dit : parfait.
Les railleurs ne lui pardonneront jamais.

Rien ne saura les réjouir :
Temps — trop éternel,
Beauté — trop immaculée,
Gravité — comment la tourner en dérision.
Les autres resteront bouche bée,
eux, ce sera pour bâiller.
(...) "

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03/05/2016

Lettre de Michaux à Claude Gallimard, 17 janvier 1984

 

" Cher ami,

Je dois - cela va sans dire - vous remercier de votre proposition, qui témoigne hautement de l'attention que vous accordez à mes écrits. L'année dernière déjà dans votre bureau il avait été question de La Pléiade à quoi je vous répondis que cela n'était pas pour moi: en tant que distinction, d'abord, que je préfère éviter, parce qu'elle ferait de moi définitivement un professionnel au lieu de l'amateur que je préfère être et demeurer.

La raison majeure est qu'il s'agit dans les volumes de cette prestigieuse collection d'un véritable dossier où l'on se trouve enfermé, une des impressions les plus odieuses que je puisse avoir et contre laquelle j'ai lutté ma vie durant.

Me libérer de quantité de pages d'autrefois, retrancher, réduire au lieu de rassembler, voilà quel serait mon idéal, au lieu de l'étalement de tous mes textes, qui à coup sûr me dégoûterait et à brève échéance me paralyserait.

Je veux me persuader que j'en ai dit suffisamment pour éclairer et justifier ma décision et vous demande de bien vouloir ne plus songer à ce projet.

Agréez, je vous prie, l'expression de mes sentiments de grande considération et d'amitié. "

H. Michaux

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25/04/2016

Formules magiques pour la chasse au phoque

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Ô Nuliajuk, déesse de la mer,

quand tu étais une petite orpheline dont personne ne voulait

nous t’avons laissé te noyer.

Tu es tombée à l’eau

et lorsque tu t’es accrochée aux kayaks en pleurant,

nous t’avons coupé les doigts.

Tu as sombré dans la mer

et tes doigts sont devenus

les phoques innombrables.

 

Toi douce orpheline Nuliajuk,

je t’en supplie maintenant,

apporte-moi un cadeau,

rien qui soit un don de la terre

mais un don de la mer,

qui fera une bonne soupe.

Osé-je le dire tout haut ?

Je veux un phoque !

 

Chère petite orpheline,

faufile-toi hors de l’eau

pantelante sur ce magnifique rivage,

peuh, peuh, comme ça, peuh, peuh,

Ô cadeau bienvenu,

Sous la forme d’un phoque !

 

Version anglaise d’Edward Fiel, d’après Knud Rasmussen

trad. de Anne Talvaz & Christophe Lamiot Enos

extrait de l'(extraordinaire) anthologie de poésie amérindienne parue récemment aux Presses Universitaires de Rouen et du Havre "SECOUER LA CITROUILLE" (dans la foulée du non moins extraordinaire "Techniciens du sacré")

19/04/2016

L’ARTISTE

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L’artiste : disciple, abondant, multiple, inquiet.

L’artiste véritable : capable, actif, habile ;

maintient le dialogue avec son cœur,

va à la rencontre des choses avec son esprit.

L’artiste véritable : retire tout de son cœur,

travaille avec enchantement, fabrique les choses avec calme, avec sagacité,

travaille comme un Toltèque véritable, compose ses objets,

travaille avec dextérité, invente ;

dispose les matériaux, les décore, fait en sorte qu’ils s’ajustent.

 

L’artiste charogne : travaille au hasard, se moque du peuple,

rend les choses opaques, effleure la surface du visage des choses,

travaille sans soin, escroque le peuple, est un voleur.

 

 

version anglaise de Denise Levertov

trad. de Anne Talvaz & Christophe Lamiot Enos

extrait de l'(extraordinaire) anthologie de poésie amérindienne parue récemment aux Presses Universitaires de Rouen et du Havre "SECOUER LA CITROUILLE" (dans la foulée du non moins extraordinaire "Techniciens du sacré")