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11/04/2014

"LE MOUTON NOIR" de Jean-Jacques Nuel

Encore un nouveau recueil de textes courts de Jean-Jacques Nuel ? Oui, et l'un de ses meilleurs, et l'un de ses plus... courts !

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« Frédérick Houdaer m’avait donné rendez-vous au café COURT-CIRCUIT, sis à l’angle de la rue Jangot et de la rue Sébastien Gryphe.  Depuis longtemps Frédérick écrivait des poèmes dans les cafés, mais aussi des poèmes sur les cafés ; il lui arrivait même d’écrire un poème sur un café dans un café, voire dans le café même qui était le sujet du poème en cours. Il en éprouvait un sentiment de puissance et de jouissance comme s’il était à l’intérieur de sa création, à l’instar d’un peintre qui se mettrait à peindre les murs, le sol et le plafond de l’atelier autour de lui. Quand je le  rejoignis, il était déjà attablé ; il écrivait un poème qu’il avait intitulé COURT-CIRCUIT, comme s’il était l’auteur de la raison sociale. Il avait intégré dans ses vers les éléments du décor, le serveur et les rares clients présents dans la salle, il écrivait que j’allais le rejoindre, il écrivait que je l’avais rejoint. Un moment, je fus tenté de refuser d’entrer dans cette fiction, ne sachant où elle me mènerait, mais en voyant la tête de Frédérick Houdaer à la verticale de son texte, considérant les mots de haut avec une sévère distance critique, les toisant presque, je compris, rassuré, qu’il dominait la situation. »

Jean-Jacques Nuel

09/04/2014

Vrac de vrac # 14

Ce vendredi, je participerai à une soirée autour d'Hubert Selby jr à la librairie "Au bal des ardents" dans le cadre du festival "Hallucinations Collectives".

Samedi, à midi, je serai à la bibliothèque de Lans-en-Vercors pour une performance autour de mes différents recueils (et particulièrement le dernier).

Autrement ? Un drôle de phénomène se produit autour de ce "No Parking no business". Des lecteurs (se sont-ils donnés le mot ? Peut-on parler d'un complot ?) me font parvenir de drôles de photos du livre. Voici la première (cela finira peut-être par composer un rébus) :

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Remerciements à Carlo de Boisset pour cette première pièce à charge.

07/04/2014

"La compagnie noire" de Glen Cook

Pas lu de roman d'héroïc-fantasy depuis ceux de Jean-Philippe Jaworski... Ne regrette pas le voyage. Autrement plus troublant que "Le trône de fer". La parole est à Toubib :

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" Un bataillon de la grande armée rebelle se trouvait à un ou deux jours derrière nous. Nous aurions pu faire demi-tour et les battre à plate couture, mais le capitaine préférait leur fausser compagnie. L'idée me plaisait. (...) Dans l'état de fatigue qui était le nôtre, nous nous attendions à devoir livrer d'autres combats acharnés avant que l'hiver mette un frein à la guerre.

- Toubib ! Vise-moi ça !

Blanchet a déboulé à fond de train vers le bivouac où j'étais assis avec le capitaine, Silence et un ou deux autres. Il portait une femme nue sur l'épaule. Elle aurait été belle si on ne lui avait pas fait subir les derniers outrages.

- Pas mal, Blanchet. Pas mal, ai-je dit avant de me replonger dans l'écriture de mon journal. Derrière Blanchet, les cris de triomphe et les hurlements continuaient. Les hommes récoltaient les fruits de la victoire.

- Des barbares, a fait observer le capitaine sans animosité.

- De temps en temps,faut leur laisser la bride sur le cou, lui ai-je rappelé. Vaut mieux qu'ils fassent ça ici qu'avec les habitants de Seigneurie.

Le capitaine l'a reconnu à contrecoeur. Il manque un peu de cran pour le pillage et le viol, bien que ça fasse partie du boulot. Je le crois secrètement sentimental, du moins quand des femmes sont en cause.

J'ai essayé de soulager sa conscience.

- Ils l'ont cherché, ils ont pris les armes.

La mine sombre, il m'a demandé :

- Depuis combien de temps ça dure, Toubib ? Depuis toujours, on dirait, non ? Est-ce que tu te souviens d'une époque où tu n'étais pas soldat ? A quoi ça nous mène? Pourquoi ne pas décider que tout est fini et qu'on rentre chez soi ?

(...)

Il y avait des cadavres partout. Ces crétins devaient se croire en parfaite sécurité. Ils n'avaient pas dressé de palissade ni creusé de tranchées autour du camp. Idiot. C'est la première précaution à prendre, même avec la certitude qu'il n'y a pas d'ennemi dans un rayon de cent cinquante kilomètres. On s'installe un toit sur la tête seulement après. Mieux vaut mouillé que mort.

Je devrais avoir l'habitude de tels spectacles. Je suis depuis longtemps dans la Compagnie. Et ils me gênent moins qu'autrefois. J'ai protégé par des plaques d'armure mes faiblesses intimes. mais j'évite autant que possible de regarder des horreurs.

Vous qui continuerez après moi à griffonner ces annales, comprenez sans tarder que je répugne à révéler toute la  vérité sur notre bande de canailles. Vous savez qu'ils sont dépravés, violents et ignares. Ce sont de vrais barbares qui réalisent leurs fantasmes les plus cruels, et dont seule la présence de quelques hommes droits tempère la conduite. Je ne montre pas souvent ces travers car ces hommes sont mes frères, ma famille, et j'ai appris tout jeune à ne jamais dire du mal de mes parents. Les leçons de l'enfance ont la vie dure.

Corbeau se marre toujours quand il lit mes comptes rendus; "Du sucre et des épices", il appelle ça, et il me menace d'embarquer les Annales pour écrire les évènements tels qu'il les voit se produire.

Corbeau le dur à cuire. Qui se moque de moi. Mais qui donc rôdait dans le camp et dispersait les hommes chaque fois qu'ils se livraient à une petite torture, histoire de se divertir ? Qui trimballe derrière lui une gamine de dix ans sur un vieux mulet ? Pas Toubib, les gars. Pas Toubib. Toubib n'est pas un sentimental. Il laisse ça au capitaine et à Corbeau."

 

jean-philippe jaworski,la compagnie noire,glen cook,le trône de fer

14/01/2014

LE PAVÉ VINAU (ceci n’est pas une critique littéraire)

 

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Reçu le pavé Vinau ce jour dans ma boite aux lettres (290 pages de poésie !). Je dis « le pavé », mais ça n’a rien de péjoratif, rien d’indigeste. Au contraire. Le volume  est fort riche, mais fort digeste. Tout ce qu’il me fallait pour entrer dans la nouvelle année et laisser derrière moi les dix dernières journées de décembre (la pire décade de l’année 2013 en ce qui me concerne).

Thomas, cela fait quelques années que je le lis. J’ai publié l’un de ses recueils au Pédalo Ivre. Les gens qui m’en ont dit du bien, les gens qui m’en ont dit du mal, je les ai rarement rejoints sur leurs conclusions. Vinau, comme de nombreux poètes qui me sont chers, est un auteur que l’on peut aimer ou détester pour de mauvaises raisons. Il y en a pour le traiter de « ravi de la crèche », je crois simplement qu’ils ne l’ont pas lu. Certes, son bestiaire est plus riche que le mien et il évoque plus facilement les nuages et les rivières que je ne le fais.

Au fond, Thomas Vinau, c’est quelqu’un que j’ai toujours pris au sérieux. Et jamais, à chaque fois que nous nous sommes vus,  nous ne nous sommes pris la tête.

J’ai lu un poème assez cruel de lui dans une école primaire (j’y ai également lu des textes de Bukowski !). Je ne suis pas prêt d’oublier la réaction des gosses à l’écoute de ce texte. Ça fait ça, d’entrer en contact avec la poésie ? Oui, c’est comme enfoncer ses doigts dans une prise et ne pas en sortir indemne… d’autres questions ?

Et "JUSTE APRES LA PLUIE", ce nouveau recueil paru chez Alma éditeur ? J’y reviens, j’y reviens. Avec un nouvel extrait :

COMPLICES

Nous sommes les complices

d’une grande et belle évasion

il y a celui qui aime

celui qui lit

celui qui écrit

celui qui rêve

celui qui refuse

celui qui plante

celui qui marche

celui qui joue

celui qui nie

celui qui apprend

celui qui doute

celui qui se moque

celui qui se saoule

celui qui dit non

nous sommes tous les complices

d’une grande et belle évasion

nous creusons des tunnels

nous tressons des cordages

nous prenons des notes

nous rusons nous savons

que les détours sont nécessaires

qu’il faut esquiver l’ordre des choses

qu’au bout il y a dehors

demain

dedans

 

Thomas Vinau persiste. Et signe.

 

 

10:41 Publié dans où je lis | Lien permanent | Commentaires (2)

30/09/2013

Rêves d'ours...

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" Une fois j'ai eu un problème : chaque fois que je mangeais de l'ours, je faisais des rêves d'ours. J'en ai parlé  à un chamane - un type que j'avais fréquenté pendant vingt-cinq ans avant d'apprendre qu'il était chamane. Il bossait comme géomètre. Il m'a alors dit :

- Eh bien, à moins que tu apprécies les rêves d'ours, arrête de manger de l'ours. "

Jim Harrison (trad. Matthieu Dumont)

22/08/2013

Rentrée littéraire

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Un premier roman signé Paola Pigani (lauréate du prix Prométhée de la Nouvelle il y a quelques années), publié aux Editions Liana Lévi.

Quatrième de couv' :

Autour du feu, les hommes du clan ont le regard sombre en ce printemps 1940. Un décret interdit la libre circulation des nomades et les roulottes sont à l’arrêt. En temps de guerre, les Manouches sont considérés comme dangereux. D’ailleurs, la Kommandantur d’Angoulême va bientôt exiger que tous ceux de Charente soient rassemblés dans le camp des Alliers. Alba y entre avec les siens dans l’insouciance de l’enfance. À quatorze ans, elle est loin d’imaginer qu’elle passera là six longues années, rythmées par l’appel du matin, la soupe bleue à force d’être claire, le retour des hommes après leur journée de travail… C’est dans ce temps suspendu, loin des forêts et des chevaux, qu’elle deviendra femme au milieu de la folie des hommes.
N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, dit le proverbe: on n’entre pas impunément chez les Tsiganes, ni dans leur présent ni dans leur mémoire… Mais c’est d’un pas léger que Paola Pigani y pénètre. Et d’une voix libre et juste, elle fait revivre leur parole, leur douleur et leur fierté.


« Voici enfin le grand roman de ceux qui comme tant d’autres à cette époque souffrirent de l’exclusion, persécutés, affamés, mais qui toujours gardèrent la tête haute. Fiers d’être Gitans ! Magnifique ! »

Le Cadran lunaire, Mâcon


« Une belle réussite, touchant cette part sauvage et ivre de liberté qui veille en chacun de nous. »
Gibert Joseph, Vaulx-en-Velin

« Un regard unique et passionnant sur la communauté manouche perdue dans la tourmente de l’Histoire, porté par l’écriture sobre et délicate de Paola Pigani. »
Librairie Doucet, Le Mans
 

 

28/05/2013

Une anthologie de gars qui ont fait pleurer leur mère

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De François Villon, "tout aux tavernes et aux filles" et devant répondre d'un "homicide de chaude mêlée" à Jean Genet , d'Apollinaire (qui ne s'en remettra pas) à Verlaine, sans oublier Brasillach (Ô, mon Dieu !) & Maurrras (re-Ô, mon Dieu !), tout un panorama d'auteurs que ne font même plus semblant de lire les profs de français d'aujourd'hui.

Verlaine en prison ?

« Quand il ne trie pas de café, il lit la Bible, il traduit Shakespeare, donne des leçons de français à son gardien ; il rêve de théâtre, correspond avec Lepelletier qui, en France, édite les Romances sans paroles à 500 exemplaires dont il organise très soigneusement le service de presse en graduant les « hommages de l’auteur » et le « bien cordialement ». Aucun des destinataires ne lui répond. Pas un article ne fait mention du livre. Il est mort pour le Tout-Paris littéraire. »

Il sort de prison le 16 janvier 1875. Sur sa fiche de « comptabilité morale », on peut lire à la date de sa libération :

« Pratique religieuse, religieuse à la fin

Métier appris : néant

Aptitude au travail : néant

Caractère : faible

Moralité : assez bonne

Conduite : régulière

Amendement : probable »

 

17/04/2013

NOUVELLE NOUVELLE VAGUE

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à l'origine

ils n'étaient guère qu'une poignée et personne n'avait la moindre idée de ce qui allait se passer ensuite pas même eux en réalité

interrogé sur le sujet

un philosophe évoqua la problématique de l'errance aléatoire en prétendant que tous ces gosses perturbés étaient semblables à des larves à la dérive plongés dans une illusion collective et passivement entraînés par des courants contraires symptômes de l'ère du temps

souvenez-vous un peu de l'origine du mot plancton dit-il en faisant rouler ses sourcils

(...)


"L'amour de l'île", Jean-Marc Flahaut

pour le commander, ICI

07/11/2012

LE MOYEN ÂGE LE PLUS ACTUEL

Graal,Arthur,Table Ronde,Editions Universitaires Ellug

 

 

Quoi de neuf ? Le Graal ! Sa Quête, sa « demanda » pour être précis puisque les éditions Ellug nous offre aujourd’hui sa version castillane, pour la première fois traduite en français.

L’œuvre date du XVe et est attribuée au moine Juan Vivas. L’essentiel n’est pas là.

Cette « Quête du Saint Graal », qui a fait le bonheur de Don Quichotte en personne, s’inscrit dans toute une tradition de réécritures du mythe arthurien, marque l’aboutissement de trois siècles de littérature. D’une certaine façon, Juan Vivas a été un auteur bien plus européen que nombre de nos artistes contemporains.

Dans son œuvre, l’entrelacement narratif est la règle. Le départ pour la quête s’étant étalé sur cinquante pages déjà riches de scènes dramatiques, le conte se fragmente en autant de récits qu’il y a de personnages, qu’il y a de chevaliers engagés dans l’aventure. S’enchaînent exploits et défaites, serments et humiliations.

Ici, Lancelot reste sans connaissance vingt-cinq jours sans boire ni manger, là, une demoiselle portant l’épée se présente devant le Roi Arthur en son Palais aventureux. Un peu plus loin, trois héros « font la rencontre de la Bête aboyeuse », quand ce n’est pas le diable qui « apparaît au jouvenceau en proie au chagrin ».

Larmes et sang coulent d’abondance. Après la bataille des champs de Salesbières, « vous auriez pu voir tant de morts et de blessés qu’on n’aurait su les dénombrer. (…) Sept rois furent tués, et vous pouvez savoir lesquels par Le Livre du Brait. » Ainsi, le texte de la « demanda » salue-t-il à intervalle régulier d’autres sources de la littérature arthurienne, fait-il résonner les échos d’une culture celtique, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour une « partie d’échec » contée en castillan.

 

Frédérick Houdaer

 

« La Quête du Saint Graal et la mort d’Arthur »

de Juan Vivas

traduit du castillan par V.Serverat et P.Walter

édition Ellug

424p., 32€

ISBN 2 84310 084 4