29/12/2025
Extrait des "Mots" de Sartre...
Cette femme vive et malicieuse mais froide pensait droit et mal, parce que son mari pensait bien et de travers ; parce qu’il était menteur et crédule, elle doutait de tout : « Ils prétendent que la terre tourne ; qu’est-ce qu’ils en savent ? » Entourée de vertueux comédiens, elle avait pris en haine la comédie et la vertu. (…) Mignonne et replète, cynique, enjouée, elle devint la négation pure ; d’un haussement de sourcils, d’un imperceptible sourire, elle réduisait en poudre toutes les grandes attitudes, pour elle-même et sans que personne s’en aperçût. Son orgueil négatif et son égoïsme de refus la dévorèrent. Elle ne voyait personne, ayant trop de fierté pour briguer la première place, trop de vanité pour se contenter de la seconde. « Sachez, disait-elle, vous laisser désirer. » On la désira beaucoup, puis de moins en moins, et, faute de la voir, on finit par l’oublier.
04:13 Publié dans où je lis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sartre, les mots, mère, jean-paul sartre


















Commentaires
Ses "Chemins de la liberté" ont été importants pour moi vers 19 ans, je ne les lirais probablement plus aujourd'hui. Mais oui, "Les mots" est magnifiquement écrit (même s'il affabule souvent). C'est le surpuissant beau "Livre brisé" de Doubrovsky qui m'a révélé ce Sartre.
Écrit par : Stéphane Bernard | 29/12/2025
Écrire un commentaire