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08/01/2010

UNE TERRA INCOGNITA ETRANGEMENT FAMILIERE

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Après « Gagner sa vie » (déjà à la Fosse aux ours), et « Boire » (aux éditions « Ego comme X »), Fabienne Swiatly publie… son premier roman. Dès le début, « on ne voit pas si c’est une femme ou encore une enfant, celle qui se tient debout au milieu des ruines ». Ce qui est certain, c’est que l’anti-héroïne de Swiatly s’affaire. Pas n’importe comment, pas n’importe où, pas n’importe quand. Elle cherche du charbon en plein Berlin année zéro. Pas un décor déjà vu pour Swiatly, mais un épicentre invivable qu’elle sait nous faire redécouvrir, ressentir, sans misérabilisme. L’écriture de Swiatly n’a rien perdu de sa précision (qui a peu à voir avec l’objectivité, et permet au roman d’échapper aux chausse-trappes du naturalisme).

La femme allemande se tient debout au milieu des ombres qui habitent « sous terre même si les bombes ne tombent plus ». Sachant pertinemment que « la guerre dure plus longtemps que les accords sur papier », que les soldats vainqueurs qui défilent représentent un danger. Elle va suivre (choisir ?) l’un d’eux, pourtant.

D’une langue l’autre, la voilà qui passe par la case « Lorraine ». Elle y passe et s’y arrête. Pour toujours. La transition n’en était pas une. Encalminée dans un quotidien marqué par les enfants, les 3 /8 du mari à l’usine (longtemps qu’il n’est plus le beau soldat à l’uniforme à la taille cintrée), les regards des beaux-parents sur l’étrangère…

Mais là encore, nul manichéisme chez Swiatly. Le mari n’a rien d’un salaud, les femmes entre elles se convainquent volontiers que le malheur est contagieux. Pour finir ? Pour finir, « la femme allemande mourra en pays étranger ».

Frédérick Houdaer

 

Une femme allemande

de Fabienne Swiatly

éditions La fosse aux ours

120 pages, 16 €

ISBN 978 2 912042 98 9

29/12/2009

passer l'année

Ne cherchez plus. J’ai trouvé le vaccin. Celui qui vous permettra, non pas de passer à travers les gouttes, mais d’affronter l’hiver et toutes ses saloperies avec ce qu’il faut de force, de santé (au sens que ce malade formidable de Nietzsche donnait à ce mot). Mieux que mille doses de Tamiflu, le dernier livre de Thierry Marignac !

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Message aux auteurs qui m’envoient leurs manuscrits flemmard-faiblardisant : lisez ce recueil de nouvelles signé Marignac, et vous saurez ce que " travailler le style " veut dire, jusqu’où on peut jouer avec différentes vitesses de narration, etc.

Je reconnais volontiers avoir repris mon manuscrit en cours au sortir de cette lecture… revigorante.

Au fil de ses nouvelles, Marignac nous dévoile son panthéon : sportif dopé et fier de l’être, éditeur au chômage prêt à s’attirer les foudres du G.I.G.N, dealer pris dans sa course aux clients bien qu’il se veuille insaisissable, etc.

Trois parties (comptant chacune quatre nouvelles) à ce recueil : " Poursuites ", " Règlements de compte " et " Kamikazes "… Le polar, comme le patinage artistique, impose quelques figures imposées. Sauf que Marignac, en matière de patinage, n’aime rien tant qu’à faire exploser la glace et à scalper les juges au bord de la patinoire !

Pour ceusses qui veulent lire deux critiques dignes de ce nom sur le dernier Marignac, cliquez ICI et .

15/12/2009

Authentique

Un couple d'amis, futurs chômeurs, m'a fait un joli cadeau dimanche matin : la correspondance de Céline (la dernière Pléïade flambant neuve) !

Grand seigneur, je lui ai offert le café.

 

07/12/2009

En attendant Clément Bulle

Ma façon à moi d'annoncer qu'il va être très prochainement question, sur ce blog, de "ROCOCO TOKYOÏTE", le roman de Clément Bulle paru aux Editions "A plus d'un titre", collection "A charge".

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Autrement, deux nouveaux articles sur "AUX VENTS" de Marc Pellacoeur, toujours aux Editions "A plus d'un titre", l'un signé Caroline de Benedetti et l'autre Eric Dejaeger.

30/09/2009

BARDAMU CHEZ LES ELFES

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Il était une fois un genre littéraire aussi mésestimé en France que l’Héroïc-Fantasy. Dans ce domaine (comme dans celui de la S-F), on pouvait compter sur les éditions des « Moutons électriques » pour nous faire rattraper le temps perdu. Gageons qu’avec ce « GAGNER LA GUERRE », premier roman de Jean-Philippe Jaworski, la barre a été placée très haut.

Soit Benvenuto Gesufal, assassin émérite de la Guilde des Chuchoteurs de son état, maître espion de son Excellence le Podestat de la République de Ciudalia en sus. Voilà notre (anti) héros qui ne trouve rien de mieux à faire que de… vomir, dès la première page. La navigation maritime ne lui profite pas. « Beauté des horizons changeant et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c’est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l’ivresse. » Une pareille entrée en matière est pour le moins inusitée en Héroïc-Fantasy. Jaworski sait donner le ton. Son style à la crudité très travaillée ne tombe jamais dans l’exercice de style médiéval. Pour les besoins de l’ouvrage, Jaworski n’a pas hésité à élaborer un argot original.

Pour résumer, le personnage de Benvenuto Gesufal est une sorte de Ferdinand Bardamu plongé en pleine « Tolkiennerie » (on songe aussi au Capitaine Alatriste, la plume de Jaworski égalant largement celle de Pérez-Reverte). Les complots politiques sont de règle, dans un monde « imaginé » extrêmement crédible. La République de Ciudalia ? On songe autant à Florence qu’à Venise. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur un extrait du « Prince » de Machiavel !

« Gagner la guerre », grâce à son univers riche et cohérent (ni débauche de magie ni anachronisme facile, une gouaille qui fait mouche entre deux adresses au lecteur), convaincra les réfractaires au genre « Héroïc-Fantasy » et surprendra les aficionados de Tolkien (ou mieux, de Gene Wolfe).

Frédérick Houdaer

 

« Gagner la guerre »

de Jean-Philippe Jaworski

Les Moutons Électriques Éditeurs

688 p., 28€

ISBN 978 2 915793 64 2

05/09/2009

"FASCISTE" de Thierry Marignac

“ La perfection d’une histoire consiste à déplaire à toutes les parties et toutes les nations, car c’est une preuve que l’auteur n’en flatte ni n’en épargne aucun et qu’il doit à tous ce qui est la vérité. ”

Bayle

fasciste2.jpg(photo de C. de Benedetti)

 

« FASCISTE » est le premier roman de Thierry Marignac. Il a été publié aux Editions Payot en… 1988 (je relis plusieurs fois la date avant de la noter, j’ai peine à en croire mes yeux tant ce livre fout un coup de vieux à bien des parutions récentes). Si les choses étaient bien faites, ce livre serait mentionné dans les divers panoramas du polar censés signaler les titres phares du polar des vingt dernières années. « Marignac Thierry » figurerait dans les « dicos du noir » en tout genre. Mais que-pouic. Tiens, tiens, et pourquoi donc ?

Si les choses étaient bien faites… Les choses sont très bien faites, d’une certaine façon. Et le talent d’un Marignac (confirmé par d’autres romans) est remarquablement passé sous silence.

« Fasciste » a été publié en 1988 aux Editions Payot (ça va mieux en le ré-écrivant). Combien de temps faut-il pour rendre justice à un livre ? À un auteur ? À un auteur qui n’est pas l’auteur d’un seul livre ?

Si ce premier roman n’a pas pris une ride, son action est datée. Commence en mars 78. On y parle du « Front », un mouvement politique tenu par « L’Ogre ». Il y est aussi question du GUD,  de boxe thaïe (Marignac écrit de belles pages sur ce sujet dix ans avant qu’il ne soit à la mode)...

Par paresse, je copie-colle la quatrième de couv’ du livre : «  Comment peut-on aimer à la fois l’ordre et les concerts de hard-rock, Primo de Rivera et Lénine, l’alcool et les arts martiaux ? Rémi Fontevrault ne se pose pas de questions : il agit. Par  désœuvrement, il adhère au Front, un parti autoritaire et raciste dont il assure le service d’ordre. Il se bat dans la rue, pose des bombes avec ses frères d’armes de l’IRA, tombe amoureux d’une jeune fille BCBG et quelque peu perverse. Et finit par être liquidé par les politiciens du Front, soucieux de respectabilité à l’approche des élections. »

Voilà pour « l’histoire ». Voilà pour une quatrième de couv’ exemplaire (de la pure « prose d’éditeur »). Vingt ans plus tard, il est intéressant d’apprendre la genèse du roman par l’auteur himself en personne :

L’idée de départ correspondait effectivement à l’époque. La montée de l’extrême-droite en France au cours des années 80 était un fait d’actualité brûlante. Comme j’ai commencé à écrire en faisant du journalisme, je m’intéresse à l’actualité, et j’ai toujours voulu écrire des romans en prise avec l’histoire immédiate. Je considère le roman historique, par exemple, comme un hobby de rats de bibliothèque, pas comme un genre. Selon moi, un romancier digne de ce nom se confronte à son époque, prend le risque de se tromper dans sa vision. Sachant qu’il se publie en France des centaines de premiers romans, il s’agissait de se distinguer par une provo. Les années 80 étaient le triomphe des soixante-huitards, le zénith de leur pouvoir, et ils laissaient bien peu de place à quoi que ce soit d’autre. Il s’agissait donc, à la façon punk, d’enfoncer un coin dans la machine ronronnante, de préférence dans le bruit et la fureur. Enfin, personne ne s’attendait à ce que je fasse ça, puisque je venais de « l’underground ». J’ai toujours eu l’esprit de contradiction. Non, très peu de choses ont changé au cours de son écriture par rapport au rêve que j’en avais. La beauté de cette idée, c’était qu’elle donnait tout dès le départ : style, action, esthétique, l’emballant dans un bloc compact, à prendre ou à laisser. Le raffinement de cette idée, c’est qu’elle offrait des possibilités infinies d’ironie vis-à-vis de son propre lyrisme.

 

Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il n’a été écrit que pour quelques uns. Autrement dit, déconseillons-le à de nombreuses personnes : aussi bien aux émules de Maxime Brunerie (j’imagine mal un « z’identitaire » apprécier un ouvrage aussi fin et cruel… il n’est que de parcourir les blogs de cette mouvance… à chaque fois qu’un Drieu ou un Nietzsche y est cité, c’est au prix d’une lecture singulièrement pauvre, tout est vu-déformé par le plus petit bout de la lorgnette possible)… qu’aux émules de Didier Daeninkx (dois-je copier-coller l’essentiel de la parenthèse précédente, en me contentant de changer quelques termes ?).

Bref, l’écriture de « Fasciste » a coûté cher à Thierry Marignac… qui a quand même trouvé le moyen d’écrire d’autres livres (il en sera question plus tard sur mon blog).

Je ne sais plus qui a écrit qu’on mesurait la valeur d’un livre  au nombre d’ouvrages que celui-ci annulait, rendait caduque, etc. Nous y sommes. « Fasciste » annule nombre de romans écrits sur le sujet (jusqu’aux récentes « Bienveillantes », oserais-je rajouter). Les confrères de Thierry Marignac ne lui en seront pas reconnaissants. 

 

P.S: Une autre critique sur "Fasciste".

30/03/2009

Lecture publique vendredi

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(Cliquez sur l'image pour la voir dans sa totalité.)

02/03/2009

en vrac (bis)

Sortie du deuxième numéro de "L'INDIC"... très réussi (à signaler, un article assez gonflé de Clément Bulle sur A.D.G).

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Vendredi 6 mars, lors de la journée professionnelle de la Fête du Livre de Bron, je co-animerai (avec Martine Laval) la journée consacrée aux blogs d'écrivains. Je rencontrerai pour l'occasion Chloé Delaume, Alain Mabanckou et Christophe Claro, ainsi que les universitaires Louise Merzeau et Brigitte Chapelain.
Enfin... enfin (!), "AUX VENTS !" de Marc Pellacoeur est sur le point d'être au bord de se trouver à deux doigts de sortir de chez l'imprimeur (promis-juré-craché sur l'exemplaire des "Beautiful losers" qui me sert de bible). Il sera sur le stand des éditions "A plus d'un titre" au Salon du Livre de Paris (qui n'a rien d'une "Fête", contrairement à ce qui se passe à Bron).
P.S: Hélène Dassavray sera présente à la Fête du Livre de Bron. Elle participera au débat "Un endroit pour vivre" samedi 6 mars, à 17h, salle des Balances (sic!), en compagnie de Marie Didier et Jane Sautière.

24/02/2009

LECTURE VENDREDI

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(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)