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17/11/2022

Pas King ou Carver... King ET Carver.

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" Ce que j'aime beaucoup chez Stephen King, parmi tant d'autres choses, c'est que c'est un écrivain qui lit. Il est rare, dans un de ses livres, qu'il n'y ait pas un personnage qui se goinfre de romans, de nouvelles, ou même de poésie, et parfois assez pointue. La bibliothèque, en général dans la petite ville vue comme une utopie communautaire, est le lieu d'apprentissage par excellence, avec des mages intercesseurs, les bibliothécaires, qui ont en charge la transmission, valeur éminemment kingienne.
Beaucoup d'éditeurs, dans la littérature de genre, notamment, vous déconseillent formellement de parler de littérature, voire de faire d'un écrivain un personnage. Parce que la manière dont ils se représentent le lecteur d'une littérature du genre bankable, c'est quelqu'un qui ne veut pas se prendre la tête.
On lui conseille aussi d'ailleurs, à l'écrivain, de ne pas parler non plus de politique, par exemple. Politique et littérature, voilà des repoussoirs qui vous empêchent d'atteindre des centaines de milliers de lecteurs parce que vous êtes un salopard d'élitiste qui va empêcher de vendre des palettes.
C'est amusant, parce que s'il y a mépris de classe, c'est bien chez les éditeurs en question et les écrivains qui se soumettent à ce diktat: ça donne en France des livres assez étranges, et faux-culs, où le sujet est éminemment politique mais est traité façon Candice Renoir, c'est à dire de manière a-politique, c'est à dire de droite. Ca n' empêche pas de faire de grosses ventes, mais à mon avis ça n'a aucun goût, voire pour les meilleurs la saveur malsaine et désagréablement addictive de la junk food et des aliments ultra-transformés.
Stephen King, lui, a toujours fait le contraire. Il est de plus en plus politique (mise en cause assez maligne du trumpisme sur son propre terrain) mais surtout il a a utilisé des écrivains comme personnages principaux dans la moitié de ses romans, au moins (Misery, La part des Ténèbres) et comme personnages secondaires dans la moitié des autres.
Et son dernier, Billy Summers, un très grand cru, est carrément un roman noir de stricte observance qui est aussi une réflexion sur les pouvoirs du roman, sur les limites de l'autofiction, sur le rapport de la réalité et du réalisme, tout ça en vous faisant vibrer grâce à un suspense autour de la dernière mission d'un tueur et d'une chasse à l'homme, avant d'avoir les yeux mouillés tant l'histoire d'amour est poignante.
Bref, après Billy Summers, pour me sevrer en douceur, je lis les nouvelles du Bazar des mauvais rêves et dès la seconde nouvelle, -King dit pour chacune un petit mot introducteur- il raconte sa découverte de Carver. Ray Carver. Je ne vais pas prendre de comparaisons contemporaines, j'ai passé l'âge de me fâcher mais disons, dans les années 70, c'est comme si vous aviez appris que Gérard de Villiers lisait André Hardellet et que sur cinq pages de Mourir pour Zanzibar, les scènes de sexe étaient un démarquage de Lourdes, lentes.
Et pourtant, voilà ce que je lis sous la plume de King: "Car bien que je sois un lecteur omnivore, j'étais par je ne sais quel mystère passé à côté de Carver. Une grande lacune pour un écrivain entré sur la scène littéraire approximativement au même moment que Carver. Quoi qu'il en soit, je fus époustouflé par la clarté du style de Carver et par la magnifique tension de sa prose."
Bref, King est ce contre-exemple magnifique à l'alternative artificielle, notamment dans la littérature de genre, entre efficacité narrative et références littéraires, entre gigantesques tirages et œuvre nobélisable. Au contraire même, puisque dans Billy Summers, l'une se nourrit des autres et réciproquement.
Et c'est ainsi que Stephen King, non seulement est un bon camarade et un vrai passeur mais en plus est un grand, un très grand écrivain."
 
Jérôme Leroy (sur Facebook)
 

10/08/2022

Tous ensemble, tous...

En ce début août, Jérôme Leroy partage un extrait de mes Anges profanes dans Causeur !

Autrement.... n'oublions pas que nous sommes tous dans le même bain.

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14/03/2021

Les placements de produits, quelle honte

On sait comment et pourquoi Ferrari, Cartier et autre Hugo Boss apparaissent dans tel ou tel blockbuster.

On sait moins que le phénomène touche la littérature la plus intègre.

Ainsi, dans le dernier ouvrage de Jérôme Leroy, « Vivonne », où il est question d’un écrivain nommé Adrien Vivonne justement, voici ce qu’on peut lire en dernière page, dans la bibliographie imaginaire de ce personnage !

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On ne visualise que trop bien la mallette pleine de billets de Monopoly filée par Le Pédalo Ivre à l’auteur du « Bloc » et de « Un peu tard dans la saison » ».

Une honte, vous disais-je…

 

08/01/2021

Parutions imminentes

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Le nouveau Jérôme Leroy. C'est pas rien. Et comme on a bien l'intention que cette année ne ressemble pas à la précédente...

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Que voulez-vous? Il n'est pas à la mode, et peu de cinéastes ont aussi peu cherché à plaire. De son vivant, il a été qualifié entre autres de féministe, de misogyne, d'atroce, de dégueulasse, de génie, de sublime. J'ai trouvé cela fascinant, quelqu'un qui dérange autant, cultissime pour les uns, inconnu pour les autres. On a besoin d'œuvres qui osent l'âpreté, le grincement, l'humour cruel. Qui nous font réfléchir. Et c'est pourquoi je trouve très important de (re)découvrir Ferreri.
Un homme amoureux de son porte-clé? Une femme à barbe veut fonder un foyer ? Un homme élever un petit singe? Que fait le dernier couple sur terre? Un homme qui veut calculer combien d'air peut entrer dans un ballon? Quatre amis veulent se suicider? Que faire en cas d'amour fou?
C'est le cinéma de Marco Ferreri, qui disait "Le cinéma ne sert à rien" - le titre que j'ai donné, par provocation est-il besoin de le rappeler, à mon livre qui sort aujourd'hui en librairies - on sait bien, surtout de nos jours, que sans le cinéma et l'art en général on ne vit pas assez.
La couverture est rose fluo, kinky pinky (on vous racontera, les débats furent houleux), et on y voit le sublime duo Deneuve-Mastroianni, dans LIZA, un film écrit par Marco Ferreri et Jean-Claude Carrière d'après le roman de l'immense Ennio Flaiano.
(PS/ Vous n'avez pas besoin d'avoir tout vu pour lire le livre, le point de départ est cette méconnaissance, justement!)
Gabriela Trujillo
 

 

 

23/04/2012

Lendemain de premier tour... Besoin de vous faire un dessin ?

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Et un bel article de Jérôme Leroy consacré à Méluche, que je découvre avec retard.

28/01/2012

"LE BLOC" de Jérôme Leroy

 

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« C’était Brou qui conduisait. Il avait une Fiat Polski verte, une vraie caisse à savon, qui n’avait aucune tenue de route. L’habitacle puait le tabac et l’alcool. Tu montas à l’arrière avec Simon. Le CRS était le seul du groupe à avoir une carrure encore plus impressionnante que la tienne.

C’était un garçon mélancolique qui vivait tout le temps à la caserne de Darnétal, contrairement à nombre de ses collègues. Il en devenait populaire car il était toujours prêt à rendre service pour les astreintes du week-end ou des jours fériés.

Simon était persuadé, sincèrement persuadé, que les Soviétiques allaient franchir le Rhin et que Giscard était un agent du KGB, tout comme Mitterrand. La gauche avait perdu les dernières législatives, celles de 78, mais ça ne le rassurait pas. Il souffrait de fait d’une légère paranoïa et passait ses loisirs à lire dans sa chambrée des magazines de cul comme ses collègues : il n’aurait pas voulu qu’on le prenne pour une tafiole. Mais, dès qu’il se retrouvait seul, il se gavait de romans d’espionnage avec une prédilection pour les SAS que lui prêtait Brou. Pour aggraver les choses, Brou lui prêtait aussi des romans de Saint-Loup et de Jean Mabire.

Il te demanda de sa voix douce ce que tu lisais et sans que tu saches au juste ce qui te prit, tu lui lus un extrait d’ « Union libre » :

Ma femme aux jambes de fusée

Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir

Ma femme aux mollets de moelle de sureau

Ma femme aux pieds d’initiales

Aux pieds de troupeaux de clés aux pieds de calfats qui boivent

Ma femme au cou d’orge imperlé

Ma femme à la gorge de Val d’or

De rendez-vous dans le lit même du torrent

Aux seins de nuit »

Tu fus presque gêné par sa réaction.

Là, au milieu des clients, du bruit de la rue qui couvraient brièvement les conversations à chaque entrée ou sortie d’un client, les yeux du CRS s’étaient emplis de larmes et il répétait mécaniquement :

- Qu’est-ce que c’est beau, qu’est-ce que c’est beau, qu’est-ce que c’est beau.

Depuis, tu lui prêtais ou lui offrais très régulièrement de la poésie. Après Breton, ce fut Alcools qu’il aima moins, René Char qu’il n’aima pas du tout, Verlaine, Rimbaud, Musset. Inexplicablement, Simon eut une véritable passion pour Michaux dont il ne se lassait pas. Bien qu’il t’ait demandé de garder cette dilection secrète, « ils vont se foutre de ma gueule », et que tu n’aies rien dit, cela finit par se savoir.

Jean Emile fut effondré. Il trouvait de très mauvais aloi que l’homme d’action s’émollie avec des vers.

Brou, lui, fut plus tolérant et indiqua que nous étions là dans une vieille tradition occidentale, celle des guerriers poètes. Il parla de Charles d’Orléans ou de Drieu.

Simon, rassuré, n’eut plus à se cacher mais il était très étrange, tout de même, de l’entendre murmurer comme une prière des extraits de Misérable Miracle, alors que vous incendiez au cocktail Molotov la permanence d’un conseiller général communiste du côté du Petit-Quevilly. »

 

« LE BLOC » de Jérôme Leroy (lien vers le site de l'auteur dans la colonne "Passerelles" à gauche), éd. Gallimard, Série Noire.

Une critique du livre par Thierry Marignac, auteur du récent et tout aussi excellent "MILIEU HOSTILE".

Une autre critique du livre signée Christopher Gérard.

Je vous épargne les papiers parus dans la presse traditionnelle, aussi nombreux qu'insignifiants.