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26/05/2015

"la meilleure figure..."

 

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Le cercle

Est la meilleure figure

Pour le poème.

 

Curieux :

Lorsque je dis poème

Je vois une lande

 

Et je cherche à deviner

Ce qu’il peut y avoir

Au milieu.

 

Je ne bouge pas,

Me laisse faire

Par cette lande,

 

Ce cercle imaginaire

Qui a pris corps.

 

Guillevic ("Art poétique")

 

21/04/2015

Du Gil Scott-Heron (inédit en français)

La Révolution ne passera pas à la télé

 

 

Tu ne pourras pas te planquer chez toi, mon frère.

 

Tu ne pourras pas brancher la prise, allumer le poste et décliner toute responsabilité.

 

Tu ne pourras pas t’oublier dans la came et attendre la pub pour aller te chercher une bière.

 

Car la révolution ne passera pas à la télé.

 

 

 

La révolution ne passera pas à la télé.

 

La révolution ne te sera pas offerte par les photocopieurs Xerox

 

En 4 parties sans interruptions publicitaires.

 

La révolution ne te montrera pas des images de Nixon jouant du cor de chasse,

 

Chargeant avec JohnMitchell, le Général Abrams et Spiro Agnew

 

Avant de se taper un bon plat de tripes de porc prélevées dans une réserve de Harlem.

 

 

 

La révolution ne passera pas à la télé.

 

La révolution ne te sera pas offerte par la bière Shaefer avant ton téléfilm

 

Et ni Natalie Woods ni Steve McQueen ni Bullwinkle ni Julia ne joueront dedans.

 

La révolution ne luttera pas contre tes caries et n'éliminera pas ta plaque dentaire

 

La révolution ne réglera pas tes problèmes fondamentaux.

 

La révolution ne te fera pas perdre trois kilos sans efforts.

 

Car la révolution ne passera pas à la télé, mon frère.

 

 

 

Il n'y aura pas de photos de toi avec Willie Mays

 

Poussant un chariot de supermarché dans ton quartier mort

 

Ou essayant de faire rentrer une télé couleur dans une ambulance volée

 

NBC ne sera pas capable de donner les résultats dès 8h32 à partir des sondages de 29 régions.

 

La révolution ne passera pas à la télé.

 

 

 

Il n'y aura pas de photos des flics butant les noirs pour départager les arbitres

 

Il n'y aura pas d'images de Whitney Young sortant de Harlem

 

Le goudron et les plumes collés à lui selon un tout nouveau procédé

 

Il n'y aura pas de ralenti ou de nature morte de Ray Wilkens

 

Se promenant à travers Watts

 

Dans la panoplie de guerrillero rouge, noire et verte qu'il avait gardée pour une grande occasion.

 

 

 

Les Arpents verts, Beverly Hillbillies, et Hooterville Junction n'auront plus cette putain d'importance

 

Et les femmes n'auront plus rien à foutre de savoir si Dick a fini par baiser Jane dans C'est déjà demain,

 

Car les Noirs seront dans la rue à la recherche de jours plus clairs.

 

 

 

La révolution ne passera pas à la télé.

 

Elle ne sera pas un des temps forts du journal de 13h

 

Il n'y aura pas d'images de femmes velues armées jusqu’aux dents pour la libération du Costa-Rica ni de Jackie Onassis en train de se moucher.

 

Le générique ne sera pas écrit par Jim Webb ou Francis Scott Key, ni chanté par Glen Campbell, Tom Jones, Johnny Cash, Englebert Humperdink, ou les Rare Earth.

 

 

 

La révolution ne passera pas à la télé.

 

La révolution ne passera pas juste après un message

 

Concernant la tornade blanche, les éclairs blancs ou LES blancs.

 

Tu n'auras pas à t'inquiéter pout la colombe dans ta chambre à coucher, le tigre dans ton moteur, le géant dans ta cuvette de chiottes.

 

La révolution ne se passera pas mieux avec Coca-Cola.

 

La révolution ne tuera pas les bactéries responsables de la mauvaise haleine.

 

La révolution ne te mettra pas à la place du conducteur.

 

La révolution ne passera pas à la télé.

 

 

 

Il n'y aura pas de rediffs de la révolution mes frères.

 

La révolution sera en direct.

 

 

 

Gil Scott-Heron, Revolution will not be televised

 

(traduction signée Grégoire Damon !)

 

 

 

14/04/2015

Perros # 1

« La poésie est dans la rue, dans le ruisseau, elle est tout à fait dénuée de hiérarchie, elle ne sait pas. Elle ne sait rien. Elle est le chant de notre ignorance. Elle ne connaît pas son homme, ni ses amours, ni ses idées politiques, ni ses ambitions sociales. Elle est ce qui est toujours là, dans nos jours et nos nuits difficiles… »

(Papiers collés II)

 

« Les mots nous ressemblent. Il faut et il ne faut pas s’y fier. »

(Papiers collés II)

 

« Je voudrais que ce soit la bonté la poésie. J’ai bonne mine. »

(Papiers collés II)

 

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« J’écris comme on viole. En cachette. Dans les sous-bois du langage. Vite. Caresse interdite. »

 

« Je n’éprouve qu’une sensation : celle du conflit permanent. Le comble de ce conflit me semblant être l’amour. »

Correspondance Grenier-Perros

 

09/04/2015

Rencontres avec des z'hommes remarquables # 4 : Yves Artufel

Le bonhomme, au Cabaret Poétique de mai 2014 :

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F.H :

Yves, tu es né le même jour que moi, pas tout à fait la même année… Tu as la cinquantaine, les éditions Gros Textes existent depuis une vingtaine d’années… Avant de parler d’elles justement, et de leur incroyable catalogue, j’aimerais avoir une idée du jeune Yves Artufel et de son rapport (ou non) à la chose écrite et/ou imprimée… entre l'âge de quinze et de vingt-cinq ansmettons, dans cette douce période de la vie où l’acné défigure un Bukowski plus sûrement qu’un pitt-bull…

 

Y.A :

Entre 15 et 18 ans (années lycée en gros), je suis plutôt épargné autant par l’acné que par la poésie. Côté boutons, rien de méchant, quant à la poésie, je suis à cette période farouche militant communiste, la poésie pour moi, ne dépasse pas la frontière de l’album « Jean Ferrat chante Aragon ». Par contre la chose imprimée abonde dans ma chambre, je viens de jeter des cartons de bouquins des Éditions Sociales de cette époque (maison officielle du PCF à cette époque). A partir de 18 ans (années fac et petits boulots), je remplace le drapeau rouge par le drapeau noir des anars et du coup la poésie c’est « Léo Ferré chante Aragon ». Léo Ferré a la bonne idée de chanter également Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, ma culture poétique s’élargit sensiblement.

22 ans (1981), insoumis au service national, je me planque, la flicaille me retrouve et on m’envoie glandouiller à l’O.N.F., dans une petite ville de Lorraine. Je refuse de bosser et me mets à bouquiner comme un malade, une boulimie de lecture entre une bibliothèque et une petite chambre d’hôtel. Je lis à peu près tout ce qui me tombe sous la main. Je commence à écrire également et lance avec deux copains un embryon de revue imprimée clandestinement dans des bureaux sur de vieilles ronéos à stencils. Trois numéros paraîtront et puis s’en vont.

24 ans, école normale, je rentre dans le rang. J’imagine que le métier d’instit c’est cool, on file du boulot aux chiards et on lit tranquillement Bukowski à son bureau. On me dit que ça ne se passera pas comme ça. Je suis déçu mais ne comprend pas immédiatement ce qui pourrait faire obstacle.

 

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Toujours le même, dans ma cuisine, craignant que je ne l'ébouillante avec une pizza au fromage...

 

F.H :

A quel moment… quel auteur te fait franchir le Rubicon, te fait voir un peu plus loin que « l’embryon de revue ronéotypée » ? Quel est le premier ouvrage des éditions Gros textes ? Quelle est alors la nécessité qui te pousse à devenir éditeur ? Et, selon toi, qu’est-ce qui a nourri ce désir d’édition ces vingt dernières années, malgré tous les obstacles que tu ne vas pas manquer de nous narrer ?

 

Y.A :

Gros Textes fut d’abord une revue. Un truc qu’on décide de faire entre copains un soir de beuverie. Puis, les copains se lassent au bout de quelques numéros et je continue seul. Enfin non, pas tout à fait, car il y a un tissu relationnel qui se construit autour de la revue et m’incite à continuer. Comme je fabrique la revue avec mes petites mains, le saut est facile pour faire des bouquins en plus, à côté. C’est même pas un saut, c’est la même chose sauf qu’au lieu de plusieurs auteurs il n’y en a qu’un. Puis je me lasse de la revue et restent les éditions dont je vais certainement me lasser également dans quelques temps. Ce qui nourrit le désir ? Et bien, passer du temps dans un atelier à bidouiller des bouts de papier est une activité plutôt paisible, divertissante. Parfois des gens me disent qu’ils aiment bien alors pour moi c’est une sorte d’euphorie raisonnable.

Là ça fait un mois que je cherche la suite et voilà que Georges Hyvernaud me la fournit sur un plateau :

« Divertissements. On taille des petits bouts de bois. On fabrique des horloges, des boîtes, des jeux d’échecs. On s’émerveille de sa patience et de son ingéniosité. On bricole et on peinturlure, comme le prisonnier de Vigny tresse la paille pour oublier. Et ça finit par faire une espèce de vie très vivable, et même affairée et essoufflée. Excusez-moi, disent-ils, je suis très pris. Ils s’étonnent que les journées passent si vite. Ça doit être aussi la réflexion de l’écureuil quand il fait tourner tout un jour les barreaux de sa cage. »

J’en suis là.

 

 

ICI, une vidéo sur le Sieur Artufel (tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les coulisses d'une vie d'éditeur... Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes).

Rencontres avec des z’hommes remarquables # 1 : Jean-Marc Luquet

Rencontres avec des z’hommes remarquables # 2 : Jean-Jacques Nuel

Rencontres avec des z’hommes remarquables # 3 : Hervé Bougel

 

 

29/03/2015

Printemps des poètes (petit bilan)

 

Bon... Paraît que « Le printemps des poètes » c’est fini pour cette année. « L’insurrection poétique » (le thème officiel de cette édition) est bonne à être rangée dans les cartons. Même chose pour le Maïakovski disneyisé qu’on a pu voir sur mille et un supports de com’ (faire d’un homme pareil une sorte d’androgyne sorti d’un manga, chapeau). Petit comparatif :

Le vrai

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Le faux :

 

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La semaine du 8 au 14 mars a été riche, effectivement. Riche de moments magiques, de belles rencontres mais aussi de grosses colères (de plus en plus fréquentes, chez moi)…

Cela a commencé par les conneries prononcées par Jacques Reda (dire qu’il y a de cela une quinzaine de jours, je recopiais l’un de ses textes sur mon blog) lors de la Fête du Livre de Bron,  tandis que le médiateur de service l’interrogeait avec une incroyable obséquiosité … (lecture assise de poèmes d’assis pour public assis). Et les gens applaudissaient, bien sûr. Un public de poésie est comme n’importe quel public quand il a affaire à un nom.

Je ne parlerai pas dans cette notule de la remise du prix Kowalski tant c’est devenu un scandale récurrent, l’exemple même de ce qu’un prix littéraire ne devrait pas devenir.

Autrement ? Un chouette Cabaret Poétique, et une étrange lecture au Musée Saint-Pierre avec Patrick Dubost. Et un prix mérité.

Dans le registre rigolo, cette remarque de Geneviève Vidal (responsable de la programmation « poésie » à la Fête du Livre de Bron, comme quoi, tout se recoupe) croisée le samedi : « j’ai assisté à UN Cabaret Poétique, il y a trois-quatre ans. C’était bruyant. ».  Merci, Geneviève.

Le mercredi 11 mars, en ouverture à une demi-journée où nous étions plusieurs à participer à des tables rondes autour de « la transmission de la poésie » (le genre de thématique capable de me réveiller la nuit, désolé), nous avons pu entendre une homélie remarquable du Père Jean-Pierre Siméon. Sérieusement, son intervention était très pertinente (il l'a faite sans note et à l’heure de la digestion !). Il est dommage que : a) il ait filé juste après pour attraper son train, nous étions quelques uns (au moins deux ou trois) à avoir quelques objections à lui faire et b) quelle tristesse qu’il ait cité avant tant de complaisance la vilaine Fleur (personne n’a eu le temps de lui rappeler que la Pellerin, plusieurs mois avant de devenir ministre de la culture, était l’une des rares socialistes à avoir pris publiquement fait et cause pour cette saloperie de Traité Transatlantique, ce qui en dit long sur le rôle que compte jouer cette femme ! Sans doute Siméon se moque-t-il du Tafta…). En tout cas, je lirai son nouveau bouquin (un essai à paraître sur la poésie) et vous en parlerai ici même.

A suivre… (comme on disait dans le journal Spirou)

 

 

21/03/2015

Sur un vers de Whitman

 

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" Tout d'un coup les morts j'ai plus envie de m'en souvenir

et mes bons sentiments ne crèvent plus d'envie de poème.

Un calme irrésistible m'emporte, allongé

dans ma chambre d'hôtel à San Francisco.

Les tâches à faire, la révolte dans mon stylo,

tout a capitulé devant cette détente

une rêverie sur rien de précis.

Dehors, le monde : sifflements et tornades,

mais je me penche plutôt sur les poils de mon torse.

Ca fait quarante ans qu'ils sont là - ou plus -

du diable si je les ai remarqués avec tout ce boulot,

et maintenant ils virent au gris.

Tout d'un coup je sens que je les ai ratés, eux

et leur rousse jeunesse, leur art mystérieux d'attirer

des foules de baisers sur la peau qui se cache par en-dessous.

Ils ne m'ont pas vraiment beaucoup intéressé,

encore moins au point de vue sensuel,

et maintenant ils seront bientôt blancs, et qu'est-ce que je peux en dire ?

Qu'ils ne m'appartenaient pas ?

Qu'ils ne signifiaient pas grand'chose ?

 

Quand on aborde cette vieille route du corps

tout le monde TOUT DOIT ETRE CARESSE * "

Jack Hirschman (trad. G.B.Vachon)

 

* Cette fin de vers est tirée d'un poème de Whitman

 

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Jack Hirschman, au Cabaret Poétique du 8 mars 2015 !

 

15/02/2015

... ajouter encore des choses...

 « Vous n’en finissez pas d’ajouter encore des choses,

Des boîtes, des maisons, des mots,

Sans bruit l’encombrement s’accroît au centre de la vie,

Et vous êtes poussé vers la périphérie,

Vers les dépotoirs, les autoroutes, les orties ;

Vous n’existez plus qu’à l’état de débris ou de fumée.

Cependant vous marchez,

Donnant la main à vos enfants hallucinés

Sous le ciel vaste, et vous n’avancez pas ;

Vous piétinez sans fin devant le mur de l’étendue

Où les boîtes, les mots cassés, les maisons vous rejoignent,

Vous repoussent un peu plus loin dans cette lumière

Qui a de plus en plus de peine à vous rêver.

Avant de disparaître,

Vous vous retournez pour sourire à votre femme attardée,

Mais elle est prise aussi dans un remous de solitude,

Et ses traits flous sont ceux d’une vieille photographie.

Elle ne répond pas, lourde et navrante avec le poids du jour sur ses paupières,

Avec ce poids vivant qui bouge dans sa chair et qui l’encombre.

Et le dernier billet du mois plié dans son corsage. »

 

Jacques Réda

 

21/01/2015

Que fait Jean-Pierre Siméon ?

Sur le site de Youporn, on ne trouve pas de catégorie "Poetry".

Moi, je dis cela... C'est pour faire avancer les choses.

 

05/11/2014

LES "GENS"

Tous Toutes sont des "gens"

"gens" ces chiens et chats qui s'engueulent

ou s'ignorent "gens" ces arbres enfermés

aux jardins de la ville et en deçà la plus modeste

plante adventice étrangère cependant naturalisée sur

le trottoir d'une impasse: minuscule graine venue sous la semelle

ou dans la loque d'un réfugié du Kurdistan du Caucase de l'Erythée...

Tous Toutes sont des "gens" pour Derzou Ouzala

peut-être même à mon avis jusqu'aux microbes

et en deçà et au-delà dans l'infra bien sûr

(puisque l'invisible n'est pas l'inexistant)

un invisible infini de revenants (tigres ours léopards

sangliers et autres moindres

et plus communes proies du chasseurs)

esprits quelque fois bienveillants souvent mal embouchés

"gens" alliés ou adversaires qui quasi indéfiniment

peuplent la steppe et la forêt de Derzou

avec qui chaque jour il s'entretient lui

et la multitude soit "trente ou quarante personnes

(qui) font le monde"

comme disait Ilarie Voronca.

 

Daniel BIGA