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31/12/2013

Le monument

" Elevons un monument

dans la cité, à la fin de la longue avenue,

ou bien au centre de la grande place,

un monument

qui s'inscrira dans n'importe quel ensemble,

parce qu'il sera

un peu constructiviste et très réaliste.

Elevons un monument

qui ne gêne personne.


Autour du piédestal

nous planterons des fleurs,

et si les pères de la cité le permettent

nous construirons un petit square

où nos enfants

cligneront des yeux

vers l'énorme soleil orange

et prendront le personnage campé au-dessus d'eux

pour un célèbre philosophe,

un musicien,

un général.


Autour du piédestal

chaque matin les fleurs

s'ouvriront.

Elevons un monument

qui ne gêne personne.

Les chauffeurs de taxis

admireront sa silhouette majestueuse,

le square sera le centre

des rendez-vous.

Elevons un monument,

nous le longerons en courant

pour partir au travail

et les étrangers en ronde autour de lui

se feront photographier.

Nous l'éclabousserons la nuit sous la lumière

des projecteurs.


Elevons un monument au mensonge. "


Joseph Brodsky, "Collines et autres poèmes", éd. Seuil (trad. Jean-Jacques Marie)


06/12/2013

COMMUNICATION POÉTIQUE

J’y étais allé :
« Module de Communication Poétique ».
   
Dans la salle
des instituteurs
des élèves-professeurs
des enseignants
des tonnes de pédagogie.
   
Ils ont lu des poèmes de leur choix.
   
Beaucoup de comptines
de poèmes pour enfants
ou de mots OuLiPo.
   
Par la fenêtre je voyais le ciel
de très beaux nuages
et les arbres penchaient
sous ce mouvement du monde
absent de leurs lectures.
   
Dans leur bibliothèque
j’avais pris un livre de Ramuz
pour une page manuscrite
« Toujours écrire des poèmes
animer l’air la terre et l’eau
– mêler les choses au hommes ».
   
Il n’avait jamais été emprunté.
   
François de Cornière

 

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27/11/2013

Merci, Onfray !

 

« Certains poètes contemporains donnent l’impression de n’être que des cerveaux, de purs produits de matière grise tarabiscotée. Quelques mots sur une page, des collisions verbales aléatoires, un vague tropisme mallarméen, un culte du mot seul, une religion de la phrase pour elle-même, une manie du blanc et de l’espace, de quoi générer un autisme de bon aloi, et s’assurer qu’on ne sera pas lu, aimé, compris. De quoi aussi, bien sûr, certifier qu’on a affaire au grand poète. Car ils aiment l’ineffable, scénographient l’indicible, se pâment en dévots de la théologie  négative. Pas besoin de donner des noms : ils incarnent le bon goût du moment.

 

D’autres, en revanche, croient que le mot ne constitue pas une fin mais un moyen. Le poème ? Sûrement pas un artifice de pure forme, un artefact de technicien de l’écriture, mais une prose revendiquant sa matérialité, sa musicalité, le rythme et la cadence des vocalises primitives de l’Homo sapiens. D’une part, des encéphales désincarnés ; de l’autre, des corps de chair épanouie doués de l’hyperesthésie des fauves les plus achevés. »

 

Michel Onfray, extrait de sa préface pour le livre de René Depestre « NON-ASSISTANCE À POÈTE EN DANGER »

 

02/11/2013

Signé Laude

 

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« L’activité poétique pour moi a toujours été liée à l’expérience vécue. J’ai toujours eu pour objectif de rapprocher l’expérience vécue du texte écrit. Je ne conçois pas une poésie qui soit seulement le produit d’une activité mentale. Elle est le produit d’une activité générale qui met en cause l’esprit, les sens, le sexe, la peau, et aussi l’histoire de l’individu, l’histoire collective. Toute mon expérience poétique s’articule autour de cette perspective : la poésie doit changer la vie. »

André Laude

26/10/2013

REFLEXIONS A PARTIR DE LA LONGUEUR DES PIEDS

 

Je viens d’une famille

 

dont les membres ont tous de grands pieds.

 

Mes pieds mesurent trente centimètres

 

Et ceux de mon frère aîné trente-deux.

 

 

Notre famille ensemble mesure un kilomètre.

 

 

 

Mon grand-père a le regard d’une vache.

 

En plus, du fait qu’il soit une vache,

 

son lait possèdera toujours sa valeur originelle..

 

Ainsi, ma grand-mère était noble et sans prétention.

 

 

 

Dans notre famille

 

nous prenons les choses avec calme :

 

« Père et mère sont déjà décédés. »

 

« Mes chaussettes sont déchirées. »

 

« Tout coûte trop cher. »

 

« Nous allons tous mourir. »

 

 

Je crois qu’il serait mieux d’être moins bien élevé

 

et de provoquer un scandale.

 

 

Ricardo Castillo (trad. Antonio d’Alfonso)

 

Ricardo Castillo,Antonio d’Alfonso

13/10/2013

Pourquoi publier de la poésie ? # 1

 

C’est la question que je me suis posée un peu plus intensément ces derniers jours, après avoir renoncé à publier un(e) poète(sse) au dernier moment (le re-travail sur le manuscrit avait été fait, les contrats étaient prêts).

Pour commencer à y répondre, j’ai envie d’évoquer une expérience marquante dans mon petit parcours éditorial. L’anecdote (aussi cruelle que fondatrice pour moi) remonte à ce jour où, au terme d’une aventure éditoriale de presque quatre ans, je cessai de m’occuper d’une collection de romans francophones chez un petit éditeur (les éditions A plus d’un titre). L’aventure prenait fin pour moi, pour des raisons strictement personnelles, sans rapport avec le relatif insuccès des huit titres que j’avais sortis (un seul avait rencontré son public, « Les ruines de la future maison » d’Hélène Dassavray, critique élogieuse dans le Canard Enchaîné, premier tirage de 1500 ex. épuisé… le Pérou).

L’aventure prenait donc fin et j’essayais de faire un bilan en présence de certains des auteurs que j’avais défendus. Si j’avais sans doute commis des erreurs, je n’avais aucun regret (n’avais-je pas aidé à la parution de deux ouvrages aussi formi-formidables et opposés que « Aux vents » de M.Pellacoeur et « Shopping Bang Bang ! » du tandem Flahaut-Labedan ? J’en étais et en suis toujours fier). J’étais - cette fois - également convaincu que publier des romans dans la petite édition était une mission vaine (pour des raisons que je ne développerai pas ici),  qu’il y avait autre chose à faire dans la petite édition. Alors que je dressais ce bilan à voix haute, j’ai lâché comme une évidence que, de toute façon, n’ayant jamais gagné le moindre euro dans cette aventure, je n’avais jamais raboté ma liberté d’initiative, etc, etc.

Je me suis sans doute écouté parler à cet instant, et n’ai pas tout de suite compris la réaction des personnes autour de moi. Je ne l’ai pigée que plus tard. J’ai pigé que certains de mes proches ne m’avaient tout simplement… pas cru quand j’avais rappelé ne pas m’être fait un centime dans l’histoire.

Et alors, me  direz-vous ? Et alors, je crois que c’est l’un des souvenirs les plus cuisants de ma vie. Que de nombreux auteurs ignorent la réalité économique de la petite édition, c’est une chose (même si je leur trouve de moins en moins d’excuse). Que des proches me méconnaissent à ce point en est une autre (voir "Fire Notice" pge 26).

Aujourd’hui, grâce au soutien de Jean-Marc Luquet, c’est la poésie que je veux défendre au Pédalo Ivre. Pas n’importe laquelle. Dans le jeu des sept familles de la poésie, il y en a deux qui me tiennent particulièrement à cœur (lesquelles ? Ben, lisez ce qui est déjà publié au Pédalo Ivre pour vous faire une idée). Et il y a beaucoup, beaucoup de choses à faire (des éditeurs aussi remarquables que Les Carnets du dessert de lune, Gros Texte, Les Etats Civils, Le Pont du Change, Pré Carré, Color Gang, La Passe du Vent, Cousu Main et quelques autres ne peuvent y suffire).

Les enjeux financiers de la poésie étant à peu près nuls, j’ai cru pouvoir avancer sur un terrain relativement déminé. Erreur. Bien sûr, il y a les egos. Mais je n’ai jamais craint les egos un peu forts, du moment qu’ils s’accompagnaient d’une véritable générosité, d’une prise de risque authentique.

Je publie donc des poète(sse)s, pas des princes(sses) au petit pois. Des gens qui prennent et qui donnent, pas ceux qui se croisent les bras au bord de la piscine, pas ceux qui sortent de la cuisse de Jupiter (qu’ils y retournent). Exit, les petits malins qui n’ont jamais lu un titre publié au Pédalo Ivre et qui m’envoient leurs z’œuvres en pièce jointe sans me demander si je ne préfèrerais pas une version papier.  À cette engeance, je dis simplement : je ne suis pas là pour vous servir.

Bref, donc, en résumé, au milieu des derniers hommes et des princesses au petit pois, pourquoi publier de la poésie ? Pour prouver que la vie est autre chose qu’une course de rats. Mais peut-être que j’ai tort, peut-être que c’est Ptiluc qui a raison.

 

Ptiluc.png


Mauvais exemple... À bien y réfléchir, je pense avoir trouvé beaucoup de poésie, gamin, dans les B.D de Ptiluc.

 

06/10/2013

Streaming gratuit

 

s'asseoir et regarder la mer

et regarder la mer en streaming ce n'est pas la même chose que

s'asseoir et regarder la mer ou s'asseoir

et regarder un feu de bois

téléchargé légalement

 

et pas seulement parce que

le streaming a des ratés

boulottée-nettoyée sans pitié la mémoire-tampon

soleil blanc fait la roue sur l'image arrêtée

 

ce n'est pas la même chose un canapé en cuir sous feu téléchargé

que mon vieux clic-clac de récup indisposé

qui coule qui coule

mon vieux canapé à

homicides

 

Grégoire Damon, "MON VRAI BOULOT" (éd. Le Pédalo Ivre)



06/09/2013

Love song III

 

Quand tisonner les mots pour un peu de couleur

ne sera plus ton affaire

quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles

ne te feront plus regretter ta jeunesse

quand un nouveau visage tout écorné d’absence

ne fera plus trembler ce que tu croyais solide

quand le froid aura pris congé du froid

et l’oubli dit adieu à l’oubli

quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du houx

 

ce jour-là

quelqu’un t’attendra au bord du chemin

pour te dire que c’était bien ainsi

que tu devais terminer ton voyage

démuni

tout à fait démuni

(…) »

 

Nicolas Bouvier, « Le dehors et le dedans »

 

 

 

 

10/08/2013

Natyot

Alors je me suis tue.

 

On pourra peut être se parler maintenant.

Essayer sans la bouche. Je suis déjà tranquille.

J’ai un peu marché et je me suis enfoncée dans les bois.

Il n’est pas trop tard pour s’enfoncer dans les bois.

Je le saurais.

Les bois, c’est comme une petite forêt.

Tu ne m’as pas suivie, c’est encore partie remise.

J’inhale chaque pollen proposé. Je m’en mets partout.

Ce n’est pas raisonnable mais j’avais dit :

Plus de bouche ! Plus de bouche !

Il fait toujours plus froid dans les bois.

Plus froid que n’importe où ailleurs.

Mais jamais autant que lorsque tu ne me parles pas.

Alors j’ai couru. Il y avait plein de raisons de le faire.

 

Martinet noir : Cris de vol stridents « srrriiiiiii » poussés fréquemment.

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NATYOT