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16/06/2011

2009

cela s’est passé l’année

où j’ai commencé à porter des chemises à fleur

oh rien de trop voyant

nulle couleur criarde dans mes tenues

juste des motifs végétaux

des tulipes stylisées

pour qui savait voir

des arabesques de terre et de bronze

je voulais bien devenir un homme vert

à condition de garder une certaine classe

je connaissais encore le nom du président de la république

j’étais encore capable d’énumérer

ma date de naissance

mon code de carte bleue

je n’avais vu de tsunami

qu’au cinéma

 

F.Houdaer

12/06/2011

"QUELLE PLACE POUR L’AUTEUR ?"

Comme promis, l'article publié dans le numéro de juin de "LIVRE & LIRE", le journal de l'Arald:

 

"QUELLE PLACE POUR L’AUTEUR ?

Fichue bonne question, qui mérite une fichue bonne réponse. Plurielle.

L’auteur, je le vois…

a) jamais très loin d’une cafetière.

b) dans une boutique Corep. La scoliose penchée sur la photocopieuse (pas du tout comme une secrétaire lascive). La même position que quinze années plus tôt, lors qu’il reproduisait en x exemplaires son premier manuscrit.

c) dans une salle des profs (énième atelier d’écriture à animer dans un bahut), lieu emblématique, pas forcément glauque mais où la non-beauté atteint sa forme d’expression la plus achevée (des chaises aux classeurs). Où trône aussi une photocopieuse, celle-là même que l’auteur, selon toute logique, finira par épouser.

Quelle place pour l’auteur ? Pas n’importe où. Le lieu compte, le micro-climat joue en sa faveur ou en sa défaveur (on s’est beaucoup moqué de Nietzsche et de ses écrits météorologiques sur le sujet, on a eu tort).

Après, on peut bien parler d’épreuves nécessaires, histoire de voir ce qui résiste à l’inconfort. On peut…

On ne connait pas toujours la place de l’auteur, mais on sait où il habite. Les huissiers finissent toujours par le trouver.

Ce n’est pas le plus important.

Quant bien même aurait-on réussi à cartographier l’écriture et ses différents territoires, l’auteur ne risquerait pas d’y trouver sa place marquée d’un gros point rouge  « VOUS ÊTES ICI ».

Quelle place pour l’auteur ? Question risible ou à pleurer ? À creuser, en tout cas… à la faveur d’une dispute avec un ami intermittent au sujet du fameux « statut », d’une cuite avec un libraire au dos précocement fragilisé, d’une amende à régler auprès d’une bibliothécaire puisque « non, Monsieur, quand on emprunte un livre de la Pléïade, ce n’est pas pour le lire dans son bain et le faire tomber dans l’eau ».

La place de l’auteur, dans tout cela ? La mienne ? Au sein d’une chaîne, indiscutablement. Celle du livre, à l’intérieur de laquelle on ne sait parfois plus, de l’éditeur, du libraire ou de l’auteur, qui est le boulet de qui.

 

F.Houdaer "

 

09/06/2011

PAROLE D'HOMME

j’aimerais signer un traité

un jour

j’ignore quelle serait sa nature

mais ce traité

je le vois rédigé sur un papier de qualité

sur une feuille qui applaudirait au vent

alors qu’on me la tendrait avec le stylo

et le vent aiderait l’encre à sécher plus vite

nulle question de pacte

avec quelque force démoniaque que ce soit

mon rêve est celui d’un accord

trouvé entre hommes de bonne volonté

pour être honnête

plus je regarde mon film

avec toute l’attention qu’il requiert

et plus je doute de ma volonté de respecter ce traité

relisez le début de ce poème

où j’exprime le souhait de signer un traité

et non de le respecter

à présent

je suis sûr d’ordonner la destruction des villages

à présent

je me vois rire

et il y a beaucoup de fumées et de cris

qui montent de la plaine

et je ne suis ni Néron ni Custer

je suis juste un type travaillé par des songes récurrents

 

F.Houdaer, in "ANGIOMES" (éd. La passe du Vent)

02/05/2011

VIA TÉVÉ

au bout du fil

une amie m’apprend la mort de Pierre Siniac

comment l’on a retrouvé son corps

un mois après son décès

dans le H.L.M de province où il vivait

en reclus

au moins Céline disposait-il à Meudon

d’un bout de jardin et de quelques grilles

je branche la télé

pour trouver confirmation de cette triste nouvelle

partout

sur toutes les chaînes

il y a des héros

américains

qui prennent la fuite comme des innocents

injustement accusés

et tout autour d’eux

des déploiements de forces armées

pour les traquer

souvent

de la musique accompagne le mouvement général

toujours

la bavure est évitée de justesse

le happy-end sauvé

le héros innocenté

le méchant qui a violé un bus scolaire tout entier

haché menu

je ne vois pas pourquoi cela changerait

 

F.Houdaer, extrait de "ENGELURES"

27/07/2010

IN SITU

un ami auteur

organise un petit salon du livre

dans la petite ville

dont il est originaire

je le retrouve tout chose

il m'explique

que le bled est le berceau

de toute sa famille

le petit stade porte le nom de son grand-père

la petite caserne de pompier porte le nom de son père

mon ami prend une option

sur la petite bibliothèque

tout sauf l'école primaire

me précise-t-il

 

F.Houdaer

25/05/2010

WHAT'S UP, DOC ?

Et ? On signale la sortie d'un nouveau livre dans la collection dont je m'occupe. .

Et ? Après "ANGIOMES" et "ENGELURES", un extrait de "ENGEANCES" (mon prochain recueil, plus politique que les précédents) à lire ici.

Et ? S'arrêter là. Ne pas laisser sortir l'oiseau bleu. 

11/05/2009

Lyon, c'est...

 

Lyon, c'est deux ex-prisons au bord d'un fleuve. 

Lyon, c’est un roi sur un canasson au milieu d’un immense terrain de tennis au centre d’une presqu’île.

Lyon, c'est une énorme fève dorée en forme de Vierge... perchée sur une tourelle de Disneyland biodégradable. Lyon, c'est "l'éléphant renversé" de Huysmans. Et malgré tout cela, malgré ces handicaps...

Lyon, c’est une ville internationale où personne ne parle de seconde langue.

Lyon, c'est un maire, Edouard Herriot, qui en est à son 53ème mandat.

Lyon, c'est Guignol, une "marionnette à gaine".... en fait, une marionnette châtrée.

Lyon, c'est l'entrée principale d'un magasin Auchan, vulgaire sas équipé de portes automatiques, que l'on a baptisé "ALLEE LAURENT MOURGUET". 

Lyon, c’est l’Histoire qui garde en permanence sa main sur votre épaule.

Lyon, c’est de moins en moins de cabines téléphoniques.

Lyon, c’est une assemblée de toques blanches qui prend la pose devant des jets d’eau.

 

Lyon, c’est la ville où sont nés mes enfants, où mourront mes parents.

 

Lyon, c’est une ville où je ne suis pas né, où je ne mourrai pas.

 

Lyon, c’est…

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16/06/2008

"LA CHAIR"

Une publication très importante, la dernière bombe littéraire du sieur Rivron.

J'en ai signé l'une des deux préfaces. Rien à y rajouter :

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  LE TEXTE DE LA CHAIR

« La chair » est un livre que l’on aime et que l’on craint. Que j’ai aimé et craint. À sa lecture. Avant sa lecture, même. Serge Rivron, je connaissais. Déjà lu. Donc, l’envie quand il m’a envoyé son texte par Internet. L’envie, mais le retard (tiens, tiens…). J’ai tardé à lire « La chair ». Rivron me l’a envoyé en novembre 2007. On venait de me confier la charge d’une collection pour les éditions « À plus d’un titre » (Serge l’ignorait). J’ai tardé à lire son manuscrit, sachant qu’il n’était pas question d’y jeter un coup d’œil discret, que je ne sortirais pas indemne de sa découverte. Jean-Pierre Huguet, lui, a réagi au quart de tour. « Les sœurs océanes » UN, « À plus d’un titre » ZERO. Ou comment j’ai raté mon premier texte important.

 

Je l’ai déjà dit, je connaissais Rivron. Il est un kyosakuman de l’écriture. À l’instar d’un maître zen, il sait manier le bâton et viser juste. À chacune de ses frappes, une coulée de force traverse son lecteur, balayant toutes traces de mièvreries chez celui-ci.

 

Retour à « La chair ». On pourra convoquer les figures de Calaferte et de Bloy. On pourra parler d’un roman « pornographique » et « catholique ». On pourra. Ce ne sera jamais qu’une tentative pour désamorcer la charge du roman. Une façon de prolonger cette préface. Un moyen de retarder l’instant décisif pour toi, lecteur. Pour toi qui te tiens sur le seuil. N’attends rien de la lecture de ce roman. Attends-en tout. MAINTENANT.

Frédérick Houdaer

 

Pour commander cet ouvrage: http://www.editionhuguet.com serge rivron

Un entretien avec Serge Rivron, dans la zone de Juan Asensio.

 

27/02/2008

SIC !

(pour Nicolas L.)

aujourd’hui

ma banquière

ma jolie petite banquière

m’a fait de la peine

elle m’a plaqué

elle n’a pourtant pas encore fini

ses études de banquière

elle est encore toute jeune

encore stagiaire dans une agence du Crédit Lyonnais

elle n’a pas attendu d’être

au faite de sa carrière

pour me quitter

elle n’a pas attendu

son précieux diplôme

pour me laisser sur le frigo

un post-it où je peux lire

faute d'orthographe comprise

« TU FINIRA PAUVRE »

07:41 Publié dans a.2) MES TEXTES | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : banque, poésie