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12/01/2014

Bien fait !

" La guerre, nous les gosses, on ne s'en souciait pas beaucoup. Je me demandais seulement ce qu'on mettrait dans les journaux quand elle serait terminée.

Mon instituteur a été tué dans les premiers jours du mois d'août. Il se conduisait avec moi comme une brute parce que j'écrivais mal. Il me faisait joindre les doigts et me tapait dessus très fort avec sa règle.

Quand j'ai appris sa mort, je me suis dit : c'est ainsi, tous ceux qui s'en prendront à moi seront maudits."

Guillevic ("Vivre en poésie")

 

 

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02/09/2013

En attendant "FIRE NOTICE" # 5

 

raoul vaneigem,le chevalier la dame le diable et la mort,alchimie

 

" Ne sommes-nous pas les alchimistes malhabiles d'un destin que nous revendiquons pour le mieux avilir ? A chaque heure du jour et de la nuit, j'ai le sentiment que nous sommes là à fabriquer, sans le savoir, le plaqué or de nos infortunes et le plomb de nos amères félicités. Sorciers de nos propres sottises et erreurs, nous agissons avec une telle incurie , une telle ignorance, qu'une incertaine magie opérationnelle se déroule à notre insu, brassant un embrouillamini d'éléments qui se contrecarrent, vent de bricole, et s'ouvrent à contresens.

La LUCIDITE puise si ordinairement ses lumières à la source noire, dont notre enfance a été si indûment abreuvée, que la plupart des mauvais alchimistes d'eux-mêmes, inconscients des enjeux, sacrifiant au processus d'involution, au lieu d'évolution, et opèrent moins dans le sens d'une renaissance possible que d'un déclin inéluctable.

Je ne veux pas briller de ce que je ne suis pas, je veux seulement la lumière de ce que je désire vraiment et de ce que je veux être.

Devenir soi, s'humaniser, c'est mettre l'exubérance de la vie au service de l'harmonisation des désirs. N'est-ce pas le sens d'expressions telles que "chevaucher le tigre" ou "affronter le dragon" ? Ces forces si aisément dévastatrices, sous l'effet de la rage impuissante et de l'autodestruction à laquelle les induit leur prolifération sauvage, condensent une énergie qui déplace les montagnes, creusent un défilé ou simplement révèlent un passage qui me permet d'accéder à ce que j'ai de plus vrai en moi, car j'ai conscience de ma richesse et la volonté d'y atteindre.

L'alchimie est le processus d'évolution qui nous conduit de "la vie sauvage" et désordonnée à la vérité qui est en nous. Elle est la semence qui aspire à fructifier. Le dragon, qui est le souffle vital, est condamné à cracher le feu de la destruction. La poésie n'a pas d'autre but que de le rendre à ses trésors et de l'amadouer afin que, en nous les révèlant, il nous accorde la grâce d'y puiser en les accroissant sans relâche.

Il faut tout recommencer, apprendre que poétiser, c'est transformer la réalité confuse - celle où notre existence est cantonnée - en une réalité où le désir se diffuse.

La vie se propage par correspondances, non par argumentation. Elle est un réseau de communication, une "religio", au sens où rien ne la sépare d'elle-même et où elle relie les êtres.

La conscience d'une vie sans limite émane du corps, elle en est la quintessence, elle préside au processus de transmutation qui entend recréer le monde au gré des désirs qu'affine patiemment l'athanor somatique.

Ainsi, la conscience est, analogiquement, la femme par excellence. Celui qui la pénètre vraiment en est pénétré.

Telle est, en l'exercice quotidien qui la devrait manifester, la grande puissance de Vie. "

 

Raoul Vaneigem   

Le chevalier, la dame, le diable et la mort.

 

" FIRE NOTICE " ???

25/08/2013

En attendant "FIRE NOTICE" # 4

« Il voulait toucher les gens comme un magicien,  pour les transformer ou pour leur faire mal, pour laisser sa marque sur eux, pour les embellir. Il voulait être l’Hypnotiseur qui se garde bien de tomber endormi lui-même. Il voulait embrasser les yeux ouverts. »

Leonard Cohen, « Beauty at Close Quarters ”

 

"FIRE NOTICE" ???

 

21/08/2013

Vrac de vrac # 9

Le week-end du 24-25 août, nous pourrons nous rencontrer à Méaudre, dans le Vercors

Ce ne sera pas le cas le week-end du 31 à Aleph-écritures (où j'étais censé animer un atelier d'écriture) puisqu'après une dizaine d'années de bons et loyaux services...  je rends mon tablier (comme je l'avais déjà précisé à la mi-juillet).

Pour ne pas finir sur une note trop tristoune, cadeau, cet extrait du "Dictionnaire du Diable" d'Ambrose Bierce (qu'aurait-il écrit s'il avait connu Facebook ?):

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15/08/2013

En attendant "FIRE NOTICE" # 3

"Reconnais-tu le Temple au péristyle immense

Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents

Et la grotte fatale aux hôtes imprudents

Où du dragon vaincu dort l'antique semence ?..."


Gégé de N.

 

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 " FIRE NOTICE " ???

14/08/2013

Pour préparer certain(e)s à la rentrée...

 

camus,albert camus

 

« 30 septembre 37.

Je finis toujours par avoir fait le tour d’un être. Il suffit d’y mettre le temps. Il vient toujours un moment où je sens la cassure. Ce qui est intéressant c’est que c’est toujours au moment où, devant une chose, je le sens non-curieux. »

Albert Camus , « Carnets, mai 1935 – février 1942 »

 

29/03/2013

« satané » langage noble

 

Villon, Gérard de Nerval, Gongora me paraissent avec le grand Baffo, des sujets de réflexion actuelle quant à la technique poétique. Unir le langage populaire, le populaire, à une atmosphère inexprimable, à une imagerie aiguë : annexer des domaines, qui même de nos jours, paraissent incompatibles avec le « satané » langage noble qui renait sans cesse des langues nobles arrachées du cerbère galeux qui défend l’entrée du domaine poétique, voilà qui me paraît besogne souhaitable sans oublier, je le répète, certains motifs impérieux d’inspiration actuelle…


Robert Desnos

 

12/12/2012

NIETZSCHE, À CHARGE OU À DÉCHARGE ?

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Il est étonnant qu’un auteur lu quotidiennement pendant une quinzaine d’années (ne serait-ce que cinq minutes par jour, selon l’ordonnance du bon docteur Haldas) n’apparaisse pas plus sur mon blog (sinon ici ou ).

Et voici que dans un ouvrage assez remarquable, je trouve ce document à copier-coller de toute urgence :

 

 

EXTRAIT DU JOURNAL DU MALADE tenu par les Médecins de la Maison de santé pour les aliénés du Grand-Duché de Saxe-Weimar, à Iéna

 

 

18 janvier 1889 – HEREDITE : père, mort, ramollissement du cerveau. Parmi les frères et sœurs du père, plusieurs rachitiques, tous très doués. La mère vit, peu intelligente.

ONT EU TROIS ENFANTS : 1. Friedrich ; 2. Elisabeth, mariée avec Bernhard Förster, bonne santé ; 3. Joseph, mort à deux ans, attaque d’apoplexie.

BIOGRAPHIE : a toujours été un peu bizarre. Très doué.

1866 : syphilis par contagion.

1869 : obtient la chaire de philologie classique à l’Université de Bâle.

HISTORIQUE DE LA MALADIE : 1878, a abandonné le professorat à cause de sa nervosité et de maux d’yeux.

 

19 janvier – Le malade se dirige vers sa section en faisant beaucoup de salutations. D’un pas majestueux, et le regard tourné vers le plafond, il entre dans sa chambre et remercie pour cet accueil magnifique. Il ignore où il se trouve. Tantôt il croit être à Naumburg, tantôt à Turin. Il gesticule et parle continuellement d’une voix affectée et faisant usage de mots grandiloquents, parfois en italien, parfois en français. De temps à autre il parle de ses grandes compositions musicales et il en chante des fragments. Il parle de ses secrétaires d’ambassade et de ses laquais. Dans la nuit, également, son bavardage incohérent continue presque sans interruption. Le malade a un gros appétit.

 

21 janvier – Malgré une dose de 2,0 de chloral, n’a cessé de faire du bruit, a dû finalement être isolé. A mentionné occasionnellement que son père avait été atteint lui aussi d’un ramollissement du cerveau.

 

22 janvier – Désirerait que ses compositions musicales fussent jouées. Se plaint de douleurs à la tête du côté droit et dans le front.

 

24 janvier – Très bruyant. Parfois, l’isolement devient nécessaire.

 

10 février – Fréquents accès de colère, accompagnés de cris inarticulés, sans motif extérieur.

 

23 février – En dernier lieu, j’étais Frédéric-Guillaume IV.

 

28 février – Demande en souriant au médecin : Donnez-moi un peu de santé.

 

1er mars – Ne comprend guère et se souvient peu des pensées et des passages de ses œuvres.

 

10 mars – Faim de loup. Nomme les médecins sans jamais se tromper, se désigne lui-même soit comme duc de Cumberland, soit comme empereur, etc.

 

23 mars – La parésie de la commissure droite s’accentue petit à petit.

 

24 mars – Le malade n’a de poils blancs dans la moustache que du côté droit.

 

26 mars – Se promène beaucoup en chantant et marche d’un pas lourd et martelé.

 

27 mars – C’est ma femme, Cosima Wagner, qui m’a conduit ici.

 

28 mars – Se plaint souvent d’une violente névralgie sus-orbitaire à droite.

 

1er avril – Je demande une robe de chambre pour une rédemption complète.

 

17 avril – Cette nuit, on m’a couvert d’injures, on a employé les plus terribles machines contre moi.

 

19 avril – Ecrit des choses illisibles sur les murs : Je veux un révolver, s’il est prouvé que la grande-duchesse commette ces cochonneries et ces attentats contre moi.

On me rend malade dans le côté droit du front.

 

5 mai – Remet au médecin un billet sale et illisible qu’il dit être son testament.

 

10 juin – A volontairement brisé une vitre.

 

14 juin – Prend le gardien-chef pour Bismarck.

 

16 juin – Réclame souvent du secours contre des tortures nocturnes.

 

17 juin – Se tient souvent le nez pendant des heures. Se plaît aux jeux de mots.

4 juillet – Brise un verre afin de défendre l’entrée de sa chambre avec les débris de verre.

 

9 juillet – Saute comme une chèvre, fait des grimaces et remonte l’épaule gauche.

 

23 juillet – Je suis stupide de la hanche.

 

16 août – Brise tout à coup quelques vitres. Prétend avoir vu derrière la fenêtre le canon d’un fusil.

 

27 août – Après avoir perdu son carnet de notes, il a dit : Ce carnet s’est mis en pension de sa propre autorité.

 

7 septembre – Se couche presque toujours par terre à côté de son lit.

 

9 septembre – Prétend aujourd’hui être à Turin. D’habitude ignore où il est.

 

10 novembre – Incessante et violente hémicrânie du côté droit.

 

21 novembre – J’ai mal à la tête à ne pouvoir ni marcher ni voir.

 

2 décembre – Prétend avoir vu cette nuit des petites femmes tout à fait folles.

19/11/2012

Les trous d’homme

« Je me souviens des trous d’homme (tranchée individuelle creusée par un fantassin afin de s’y protéger) qu’on trouvait après guerre – je parle d’après 1945–, nombreux encore dans divers coins de campagne et le long des rivages où ils ont peu à peu été comblés devenant rares, invisibles ou illisibles pour les générations plus récentes à qui ces vestiges paraissent aussi lointains que les pistes ou camps romains ou gaulois. »

 

Daniel Biga, « Arrêts facultatifs », éd. Gros Textes (2001)