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14/06/2026

Le feuilleton Fante # 1

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La toute première fois que j’ai entendu le nom de John Fante, j’étais adolescent et Michel Polac n’avait de cesse de recommander cet auteur lors de chacun de ses Droit de réponse

Je me souviens avoir commencé par La route de Los Angeles, son tout premier roman (publié de façon posthume).

Puis, avec une fluidité déconcertante, j’ai enchaîné sur la découverte de ses neufs autres livres.

Et j’ai relu l’ensemble tous les dix ans.

J’ai même dédié à l’auteur italo-américain mon roman publié au Dilettante.

Et donc ? Maintenant ? Maintenant que j’ai l’âge de Fante dans ses romans de la maturité ? Dans quel ordre les re-re-relire ?

Pas oublié la leçon de L’homme dé de Luke Rhinehart. J’ai sorti puis lancé le dé.

C’est tombé sur Pleins de vie.

Dans la plupart des romans de Fante, le narrateur tire le diable par la queue. Cette fois, il traverse une période de vache grasse, scénariste reconnu et bien payé. Bien évidemment, les soucis ne vont pas tarder, ils ne seront exceptionnellement pas d’ordre financier.

Dans la plupart des romans de Fante, le narrateur se prénomme Molise ou Bandini (Arturo). Cette fois, plus de faux semblant ; l'histoire racontée est bien celle de John et de Joyce Fante. Enceinte. La maison du couple est rongée par les termites… ce qui contraint le narrateur à faire appel à son propre paternel, un vieux maçon incontrôlable. Entre le scénariste hollywoodien et l’ombrageux émigré italien - très porté sur la bouteille - la relation filiale promet d’être électrique.

Si Fante mélange faits et dates et substitue noms et endroits, ce n’est pas pour brouiller les cartes, bien au contraire. Cette novella nous offre un concentré drôlatique de névroses familiales, une expérience de lecture vivifiante… et réconciliatrice au final, sans jamais se vouloir édifiante.

Le voyage du futur père chez ses propres parents nous vaut certaines des pages les plus drôles et les plus féroces que l'auteur ait jamais écrites (et son œuvre n’en manque pas).

A chacun de mes retours à la maison, saluer maman a toujours été le plus difficile. Car ma mère était une spécialiste de l’évanouissement, surtout si je ne l’avais pas vue depuis plus de trois mois. Quand moins de trois mois s'étaient écoulés, je pouvais encore contrôler la situation. Car elle se contentait alors de vaciller dangereusement, prête à s’écrouler, ce qui nous donnait le temps de la rattraper avant la chute. Une absence d’un mois ne posait pas le moindre problème. Simplement elle pleurait quelques instants avant de me soumettre à un feu roulant de questions.

Ce jour-là, le cap des six mois avait été franchi, et l’expérience m’avait appris à ne pas me présenter à elle sans certaines précautions. Ma technique consistait à m’approcher d’elle sur la pointe des pieds, à l’enlacer par derrière, puis à dire tranquillement mon nom en attendant que ses genoux s’affaissent. Autrement, elle s’écriait “Oh, merci, mon Dieu !” avant de s’écrouler telle une pierre. Une fois par terre, tout son corps se relâchait comme une masse de mercure, et il devenait impossible de la soulever. Après une absurde série de piaffements et de grognements émis par le fils prodigue, elle se relevait seule et s’attelait aussitôt à la préparation d’énormes repas. Maman adorait s’évanouir. Dans ce domaine elle était devenue une artiste consommée. Elle avait seulement besoin d’un bon prétexte.

Maman aimait aussi mourir. Une ou deux fois l’an, surtout vers Noël, les télégrammes arrivaient pour nous annoncer que, une fois encore, maman mourait. Néanmoins, nous ne pouvions risquer que, pour une fois, elle ne fût vraiment à l’agonie : nous rappliquions dare-dare. De tout le Far West, nous nous précipitions vers San Juan et son chevet. Elle continuait de mourir pendant deux heures, une pile de soucoupes semblaient s’entrechoquer dans sa gorge, elle nous montrait le blanc de ses yeux et nous appelait l’un après l’autre au moment de pénétrer dans la vallée des ombres. Brusquement elle se sentait beaucoup mieux, quittait son lit de mort et bondissait vers ses fourneaux pour préparer un énorme dîner de raviolis.

Ou la Comédie selon Fante.

Le drame est souvent évoqué (invoqué ?) par les différents protagonistes, sans jamais survenir. Pour voir la Mort jouer pleinement son rôle, il faudra attendre Les compagnons de la grappe (cela fera l’objet d’un autre épisode de mon Feuilleton Fante).

Reste Joyce. “L’épouse” (dans le roman). Celle sans laquelle notre John Fante ne serait pas devenu John Fante. Celle envers qui il sait se montrer si injuste ou si aimant (cela dépend des paragraphes).

À elle, je consacrerai également tout un épisode.

 

à suivre…

 

19/12/2025

Deux détails...

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Deux détails photographiés dans mon bureau : une affiche de film sous verre, un morceau de l'Eglise Saint-Joseph, l'extrémité de la queue de mon chat, un John Fante sur fond babylonien (collage fabrication maison).

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16/08/2022

John Fante, auteur babylonien

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Ne cherchez pas l'image sur Google, il s'agit d'un grossier collage fabrication-maison (merci à mon tube Uhu) que j'ai encadré, mis sous verre et suspendu au-dessus de mon bureau.
Fétiche de facture maladroite mais incroyablement efficient.
 

10:51 Publié dans Boussole | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fante, babylone, bureau

07/12/2021

"au-dessus de ton bureau ?"

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- C’est quoi, au-dessus de ton bureau ?
- Un collage fabrication maison.
- Pardon ?
- Aucune prétention artistique, hein, je ne me prends pas pour Max E…
- Mais, ça représente quoi ?
- C’est tout simple. C’est John Fante sur fond de Babylone.
- C’est une photo ?
- Fante, oui. Babylone, c’est dessiné. Et c’est moi qui les ai mis ensemble.
- T’as pioché ça où ?
- Je ne sais plus.
- Et c’est censé dire quoi ?
- C’est un talisman. Si tu veux.
- Mais… ça te sert à quelque chose ?
- Si j’ai accroché le cadre au-dessus de mon bureau, sûrement.
 

02/01/2021

Sur les étagères...

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... d'un bouquiniste toulonnais, Fallet fricote avec Fante.
Voilà, c'était ma bonne nouvelle de début 2021.
 

11/07/2020

"le plus clair de mon temps..."

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J'ai passé le plus clair de mon temps à lire à la Bibliothèque Municipale de Los Angeles et rien de ce que je lisais n'avait de rapport avec moi ou avec les rues et les gens autour de moi. C'était comme si tout le monde jouait aux charades et que ceux qui n'avaient rien à dire étaient reconnus comme de grands écrivains. Leurs écrits étaient un mélange de subtilité, d'adresse et de convenance, qui étaient lus, digérés et transmis. C'était une machination, une habile et prudente "culture mondiale". Il fallait retourner aux écrivains russes d'avant la Révolution pour trouver un peu de hasard, un peu de passion. Il y avait quelques exceptions, mais si peu que les lire était vite fait et vous laissait affamé devant des rangées et des rangées de livres ennuyeux. (...) Pourquoi est-ce que personne ne disait rien ? Pourquoi est-ce que personne ne criait ? 

Charles Bukowski, préface à "Ask the dust" de John Fante, 5 juin 1979.
 
 
 
 
 

17/10/2019

"Simple et nue"

(…) j’ai toujours préféré la phrase simple et nue parce que j’ai toujours eu le sentiment que la Littérature, celle d’aujourd’hui et celle des siècles passés, était en grande partie truquée, tu vois, comme les combats de catch. Même ceux qui ont duré des siècles (avec quelques exceptions) m’ont donné l’étrange sentiment de m’être fait arnaquer. En fait, j’ai l’impression qu’il serait plus difficile de mentir avec la phrase nue, ça se lit d’ailleurs plus facilement, et ce qui est facile est bon et ce qui est difficile est emmerdant (ça m’est resté des usines et de la fréquentation des femmes).
Ainsi, Fante m’a donné la phrase sensible, Hemingway la phrase qui ne demande rien, Thurber la phrase qui se moque de ce qu’a fait l’esprit qui n’y pouvait rien faire ; Saroyan la phrase qui s’aime elle-même ; Céline la phrase qui coupe la page comme un rasoir ; Sherwood Anderson la phrase qui parle au-delà de la phrase. Je pense leur avoir à tous emprunté quelque chose et JE N'AI PAS HONTE DE L'ADMETTRE. 


Charles Bukowski, « Correspondance 1958-1994 »

 

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27/02/2019

Le patron

- Pourquoi t'as appelé ton fils "Arthur" ?
- Parce que Bandini

 

 

11/06/2018

LA réédition

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Au cas où certain-e-s n'auraient pas compris pourquoi j'ai dédié "ARMAGUéDON STRIP" à John Fante...