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07/06/2015

Puisque je vous le dis...

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Pour signer, c'est z'ici.

14/05/2015

Coupat

Quelques extraits de son entretien dans "L'Obs" :

"Dans n'importe quel autre pays d'Europe, un dossier comme celui-ci aurait depuis longtemps donné lieu à relaxe avec de discrètes excuses des autorités."

"Depuis le jour de nos arrestations, nous avons toujours trouvé hilarantes les charges qui pèsent contre nous. Et nous trouvons toujours aussi hilarant que le parquet s'appuie dans son réquisitoire, pour étayer l'accusation de "terrorisme", sur un livre en vente à la Fnac, "L'insurrection qui vient", et le témoignage sous X d'un mythomane qui a reconnu au 20-heures de TF1 avoir été manipulé par la police antiterroriste. Les procureurs sont des écrivains de polars ratés."

"Nous ne nous sommes pas battus, et nous ne nous battons pas, pour faire reconnaître on ne sait quelle innocence, ni pour que la justice, dans sa grande mansuétude, daigne abandonner ses poursuites infondées. Nous nous battons parce que l'on a tenté et que l'on tente encore de nous détruire, de rayer définitivement de la carte la possibilité politique dont l'État a fait de nous un exemple."

"Que l'on en soit, quinze ans après le Patriot Act, après le rapport du Sénat américain sur la torture, après les révélations de Snowden, à adopter des mesures aussi exorbitantes [que la Loi sur le renseignement adoptée le 5 mai, NDLR], dit à la fois le cynisme inoxydable et le pathétique mimétisme des gouvernants français. Ils croient vraiment qu'ils vont pouvoir refaire avec quinze ans de retard le coup du néoconservatisme martial, et que nous sommes tous trop bêtes, trop lâches et trop passifs pour nous en insurger."

"Le régime social-démocrate actuel, chacun le constate, est en passe de réussir ce que Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à faire, en matière d'"austérité" comme d'antiterrorisme, de droit du travail comme de répression de tout ce qui se trouve à sa gauche."

"La ligne de Charlie Hebdo était depuis longtemps devenue si droitière que c'est, je crois, le seul organe de presse qui ait vu ses locaux dévastés lors d'une manifestation contre le CPE. D’un autre côté, si Cabu, pour la génération de 1968, c'est L'Enragé, Hara Kiri, etc., pour la mienne, c'est Récré A2. Faut-il que la sagesse de ce monde soit devenue complètement folle pour être contemporain d'un attentat à l'arme lourde contre le Club Dorothée ?"

"Un temps, l'internet et les réseaux sociaux ont servi de soupape de sécurité, mais ils sont à présent en voie de flicage avancé. L'incrimination d''apologie du terrorisme' est là, désormais, pour produire sur toute expression téméraire la terreur requise. (…) Pour ce qui est de Snowden et Assange, que nous sommes allés rencontrer à Londres, le fait que l'un en soit réduit à se réfugier dans la Russie de Poutine et que l'autre n'ait aucun espoir de sortir un jour de l'ambassade minuscule où il est reclus, en dit long sur ce qu'il faut entendre par le mot 'démocratie'."

"Nous vivons des temps radicaux. L'état de chose ne pouvant durer, l'alternative entre révolution et réaction se durcit. Si la décomposition en cours profite essentiellement aux forces fascisantes, ce n'est pas parce que 'les gens' inclineraient spontanément vers elles, c'est qu'elles donnent de la voix, font des paris, prennent le risque de perdre. Nous autres, révolutionnaires, sommes comme retenus par les fils invisibles d'une tradition que nous craignons continuellement de trahir. (…) Mais y a-t-il de plus grand risque, dans la situation actuelle, que de ne pas prendre de risque ?"

17/02/2015

"Alors que l’obscurantisme émotionnel trouve partout des emplois..."

"Il y a des choses avec lesquelles on ne rit pas. Pas assez ! " Scutenaire

La bêtise est une bombe à fragmentation. Elle ne frappe pas seulement l’intelligence, sa cible de prédilection, elle se propage en trouant les consciences qui se mettent à pisser de partout. Celles — essentiellement gestionnaires — du monde étatique et politique ont célébré leur incontinence par des actions de grâce, qui leur étaient doublement profitables. Les notables ont pu, en toute immunité, remercier le ciel — fût-il celui d’Allah — de les avoir débarrassés d’une poignée d’irrévérencieux. Dans le même temps, ils se sont offert, avec une pompe nationale française, cléricalo-laïque et républicaine, le luxe de sanctifier en martyrs de la libre pensée des héritiers de Daumier et de Steinlen usant du droit, reconnu à chacun, de conchier en leur totalité les drapeaux, les religions, les margoulins politiques et bureaucratiques, les palotins au pouvoir (dont ceux qui jouèrent des coudes dans la manifestation ubuesque). Ils faisaient montre au demeurant de beaucoup de modération, si l’on compare Charlie à l’Assiette au beurre, au Père Peinard, à la Feuille de Zo d’Axa.

Sans doute n’a-t-on pas assez ri de cette messe œcuménique, célébrant les vertus d’une civilisation exemplaire, qui n’en finit pas de détruire les valeurs humaines au profit de la valeur marchande (il ne manquait au défilé de mannequins que Lehman Brothers, qui eût fait plaisir à Bernard Maris).
Passé l’onde de choc, si bien récupérée par les gens de pouvoir, que reste-t-il dans les décombres ?

Le même chaos psychologique et social, si profitable aux entreprises multinationales et aux mafias bancaires. Le renforcement de la seule fonction encore assumée par l’État : la répression (de qui, de quoi ? Circulez il n’y a rien à voir !). Le clientélisme de gauche et de droite.L’hypocrisie humanitaire et les victimes en quête de coupables. La stratégie du bouc émissaire (ce n’est pas le système qui m’écrase, c’est mon voisin). L’idéologie enfin, ce tout à l’égout et à l’ego des intellectuels. L’idéologie où prolifèrent des idées qui, séparées de la vie, la vident de sa substance et n’en sont que les simulacres.Du XIXe siècle à il n’y a pas si longtemps, on s’est battu, torturé, massacré pour des idéologies, comme au XVIe siècle, où un poil de cul biblique envoyait au bûcher. Hier la bonne parole communiste masquait les goulags, les prêches nationalistes envoyaient des millions d’hommes au casse-pipe, l’éloquence socialiste occultait la solidarité des corrompus, partout, sous la table des valeurs évangéliques s’appliquait le « tuez-vous les uns les autres » (à quoi les Rwandais et les Yougoslaves ont au reste obtempéré sans avoir besoin de la religion). Les idées passent, la tripaille reste. C’est ce que Lautréamont appelait la tache de sang intellectuelle.

Dans l’émotion provoquée par l’assassinat de Charlie, je n’ai pas entendu le cri de la vie. Or ce n’est pas la République, la France, la liberté de pensée qui ont été agressées, c’est notre droit de vivre comme nous voulons (je parle de vivre, non de cette survie où chacun fait où on lui dit de faire). Je ne dis pas que ce cri n’a pas retenti. Des millions d’êtres ont pressenti que ce qui était offensé, c’était leur humanité même. Je pense seulement que la conscience n’a pas encore fait son travail d’accouchement. Alors que l’obscurantisme émotionnel trouve partout des emplois.

Il faut en revenir à la base, à ce que nous vivons et voulons vivre, sans nous prendre au piège des symboles et des abstractions. Ce n’est pas si facile. Les grandes baudruches politique ont crevé mais nous continuons à patauger dans leurs détritus.

Que reste-t-il de ces idéologies hier encore si puissantes ? Le clientélisme les a éviscérées. Les déclarations programmatiques n’ont que des résonances de pet médiatique. En revanche nous sommes environnés de ces paroles qu’évoque Rabelais : elles tournent affolées dans l’air parce que la gorge qui les a proférées, et où elles veulent retourner, a été tranchée.
On assassine la vie et les mots tournent en rond.
Qu’est-ce que la liberté de pensée sans la liberté de vivre ? Un « cause toujours » à l’usage du n’importe quoi. Le pouvoir se fout bien du peuple, il le piétine avec des mots en guise de bottines. Les bottes militaires ne sont même plus nécessaires.

Sous l’énormité du mensonge que l’économie diffuse à longueur de journée, il y a ceux qui courbent le dos, ceux que la peur du lendemain persuade d’avaler l’amertume du présent, ceux qui s’appauvrissent, s’enragent et se désespèrent sous le talon de fer du profit. Tout se joue sous le mensonge des mots.
La vie est aujourd’hui l’enjeu d’un véritable combat. Il se livre en chacun. La gueule de bois du désespoir, cet alcool frelaté, fait facilement vaciller et passer d’un comportement à son contraire, Entre résistance et passivité, on souhaiterait que la frontière fût nette. Elle ne l’est pas. Pourtant les enjeux sont clairs. La résignation et son impuissance hargneuse fabriquent avec une désolante facilité des apeurés ordinaires, des suicidaires, des tueurs, des terroristes (ainsi baptisés pour les distinguer des policiers en bavure, des milices des compagnies multinationales, des promoteurs immobiliers jetant les familles à la rue, des agioteurs multipliant le nombre de chômeurs, des ravageurs de l’environnement, des empoisonneurs de l’industrie agro-alimentaires, des juristes du Marché transatlantique dont les lois l’emporteront sur celles des nations.

Vouloir vivre envers et contre tout est l’autre choix, plus passionnant, plus difficile : on est seul et il y a tout à créer. C’est cela ou sombrer dans la violence en la tournant contre soi et contre ses semblables.
Il n’est pas vrai que les mots tuent. Les mots servent seulement d’alibi aux tueurs. Quand l’énergie ne nourrit pas la joie de vivre, elle s’investit dans la haine, le ressentiment, le règlement de compte, la vengeance.
Avec sa peur du désir, de la nature, de la femme, de la vie libre, la religion est un grand réservoir de frustrations Ce n’est pas un hasard si les désespérés y puisent les mots qui leur permettront d’assouvir leur goût de la mort, des mots dont la sacralité invente du même coup ce qui la heurte et dont elle a besoin, le blasphème.
Le blasphème n’existant que pour le croyant, il suffit de faire glisser les mots comme des coquilles vides et de les remplir : attaquer la politique du gouvernement israélien, c’est être antisémite, écrire « ni maître ni Allah », c’est être islamophobe, dénoncer les curés pédophiles c’est blesser le chrétien dans sa foi. Je ne sais plus qui disait : donnez-moi une phrase d’un auteur, et je le ferai pendre.

La violence endémique est partout, produite et stimulée par un système économique qui ruine les ressources de la planète, appauvrit la vie quotidienne, menace jusqu’à la simple survie des populations. Les multinationales ont intérêt à favoriser les conflits locaux et la guerre de tous contre tous. Quelles meilleures conditions que le chaos pour piller impunément la planète, empoisonner des régions entières avec le gaz de schiste ou l’exploitation des filons aurifères ? C’est une stratégie peu coûteuse que d’enrôler dans des affrontements absurdes des gens qui, avec un peu de réflexion, risqueraient de dénoncer les manœuvres des exploiteurs et de se liguer contre eux.
Allez donc jouer le jeu des commanditaires en accordant plus d’importance à certaines catégories d’assassins qu’à d’autres. Sous quel label rangerez-vous le taré qui en Norvège a massacré une centaine de personnes au nom de la pureté ethnique ? Et l’écolier qui un beau matin tue froidement ses compagnons de classe ?

Encouragée ou non par des factions religieuses ou idéologiques, la bêtise a la même origine : l’ennui, la frustration, l’abrutissement, le désespoir, la sensation d’être pris au piège dont seul peut libérer un grand bond vers le néant.
C’est ce piège qu’il s’agit de briser en brisant l’économie marchande. Sur son passage, elle ne laisse aucune chance à la vie.
Il faudra bien que sur l’autre versant de la désespérance un grand rire se lève, un rire universel ne laissant aucune chance au commerce qui d’un homme fait une chose.
Le rire de la joie de vivre retrouvée.

Raoul Vaneigem, février 2015.

16:36 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : raoul vaneigem

24/11/2014

C'est ainsi qu'ARMAND LE POêTE est grand...

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Quant à ceux qui crieront au "Pellerinbashing", qu'ils se renseignent sur ce que disait cette femme ces derniers mois, avant de s'occuper de la Culture, au sujet de cette saloperie de Traité Transatlantique... et qu'ils se rappellent ce qu'affirmait son père en 86, au sujet d'un nuage radioactif resté bloqué à nos frontières...

18:02 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

20/11/2014

Dans la presse...

... portrait d'un djihadiste français avant sa conversion (extrait) :

" un dragueur, un danseur de tecktonik, un mec normal ".

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(Ceci n'est pas une photo truquée)

10:19 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

30/10/2014

Mon blog accuse un retard certain...

... par rapport à tout ce que j'ai pu partager, échanger sur Facebook. Les jours s'enchaînent, le président de la FNSEA (qui n'en rate aucune) nous traite de "djihadistes verts", des ministres qui devraient démissionner se cramponnent à leur fauteuil...

D'abord, lui :

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Son portrait par Jérôme Leroy.

Un article d'Arrêt sur images

"Mort de Rémi Fraisse, point de non retour" par Duclock

Et un article toujours actuel de "Reporterre": "Le mouvement écologiste, nouvel ennemi intérieur"

Et un souvenir :

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Barrage de Sivens suite... Aéroport Notre-Dame-des-Landes suite... Le Grand Stade de Lyon, donc. Qui va se faire. Qui se fait. Grâce à une justice vendue plus que rendue (voir toutes les décisions des juges ces dernières semaines). Avec une presse d'une rare complaisance (ex : "Le Progrès"). Il y a plus d'un an, j'avais pas mal de contacts avec des opposants au Grand Stade, été à leur campement, vers Décines. J'avais proposé au Syndicat des poètes qui vont mourir un jour de rejoindre cette/ces luttes, cela me semblait avoir du sens. La tiédeur des réactions... J'avais eu l'impression de pisser dans un violon (et Dieu sait que la plupart des gens qui composent ce collectif sont parmi les plus vivants de la scène poétique Rhône-Alpine). Alors ? J'ai poursuivi l'aventure éditoriale du PEDALO IVREen publiant qui un Malakoffiot, qui un Toulousain, qui... J'ai reconduit le Cabaret Poétique pour une année supplémentaire. Pour le reste... Les postures des uns et des autres...

07/10/2014

Vrac de vrac # 21

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"Je suis inculpé par les magistrats de Turin pour un crime d’opinion. Je soutiens la résistance contre la ligne Turin-Lyon. J’ai dit que la ligne, qui doit être construite, devait être sabotée. La magistrature de Turin a un bureau spécial pour la répression de ce mouvement. Mille personnes ont été inculpées, ce sont des procès de masse. Il y a un pool de quatre magistrats qui ne font que ça, qui sont les chiens de garde du chantier. Il y aura un procès. Mais la presse italienne se tait."

Erri de Luca (L'ARTICLE)

Sans compter qu'à Lyon, un autre chantier n'en finit pas d'avancer comme un rouleau compresseur (un autre article)...

Deux lectures récentes, qui aident à ne pas ramper :

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Et une chansonnette pour finir...

28/08/2014

No comment...

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Sur cette terr´, ma seul´ joie, mon seul bonheur
C´est mon homme.
J´ai donné tout c´que j´ai, mon amour et tout mon cœur
À mon homme
Et même la nuit,
Quand je rêve, c´est de lui,
De mon homme.
Ce n´est pas qu´il est beau, qu´il est riche ni costaud
Mais je l´aime, c´est idiot,
I´m´fout des coups
I´m´prend mes sous,
Je suis à bout
Mais malgré tout
Que voulez-vous

Je l´ai tell´ment dans la peau
Qu´j´en d´viens marteau,

Dès qu´il s´approch´ c´est fini
Je suis à lui
Quand ses yeux sur moi se posent
Ça me rend tout´ chose
Je l´ai tell´ment dans la peau
Qu´au moindre mot
I´m´f´rait faire n´importe quoi
J´tuerais, ma foi
J´sens qu´il me rendrait infâme

 

(P.S : j'ai piqué ses paroles à Michel Thion qui, lui-même, les avait piquées à ...)

06:09 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0)

07/05/2014

Guillevic & Drieu

 

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Je recopie un nouvel extrait de (l’indispensable) « Vivre en poésie » en réponse à ceux qui me reprochent, dans ma zone « SHERPAS », d’avoir fait se côtoyer Guillevic (le poète français qui a le plus compté pour moi, d’où mon incompréhension qu’il n’est pas été célébré à la hauteur d’un Char ces dernières années) et Drieu la Rochelle.

 

« Il arrive qu’on me demande comment je suis arrivé à me faire publier alors que j’étais un inconnu. Jusqu’à la guerre, je n’ai jamais envisagé de présenter un recueil. A cela trois raisons : l’opinion que j’avais sur ce que j’écrivais (cela ne pouvait intéresser aucun éditeur) ; la décision que j’avais prise de ne jamais publier à mes frais ; la certitude de ne pas être encore en possession d’un vrai livre (j’écartais la publication d’une plaquette). Donc, je travaillais et j’attendais.

C’est alors que les hasards de la drôle de guerre ont voulu que je rencontre, en décembre 39, au magasin d’habillement de la 7ème section de COA, à Besançon, un écrivain que je connaissais pour avoir vu sa photo (dans Les Nouvelles Littéraires, notamment), que j’avais lu et que j’admirais : Marcel Arland. (…) »

 

Suit le récit de cette rencontre qui nous mène jusqu’en 40.

 

« Donc, après l’armistice, je retrouve Marcel Arland à Paris. Il me demande de lui remettre un manuscrit pour Gallimard, où il avait repris ses activités. J’ai confectionné le manuscrit de Terraqué (…). Marcel Arland présente ce manuscrit chez Gallimard. Cette fois encore, Paulhan n’est pas chaud, mais Arland bataille toujours… Paulhan passe alors tous les textes inédits qu’il avait à Drieu La Rochelle, son successeur, depuis la défaite, à la direction de la NRF, et je reçois  une lettre très enthousiaste de Drieu : « J’aime beaucoup votre poésie. Je la publie dans la revue. Si vous l’acceptez, je vous offre mon amitié… »

J’ai hésité. Je savais qui était Drieu. Je l’avais lu avant la guerre. Je savais qu’il avait été doriotiste et qu’il était l’ami des Allemands. Tout ça, je le savais et je voyais ce qu’il écrivait. Mais André Gide, Paul Eluard avaient collaboré à sa NRF. J’avoue que cela me tentait de publier, moi aussi, comme j’avais toujours rêvé de l’être, dans cette revue.

A l’époque, je croyais que la poésie se situait au-dessus ou à l’écart des contingences, des circonstances, ou, mieux, que sa force révolutionnaire agissait par elle-même contre le mal, où que paraissent les textes. Dans certains des poèmes publiés par la NRF, cette force, à mon avis, s’affirmait nettement :

 

Mais c’est bon pour les rocs

D’être seuls et fermés

Sur leur travail de nuit.

 

Et peut-être qu’ils savent

Vaincre tout seuls leur fièvre

Et résister tout seuls.

 

Mon ami Adler, communiste et résistant de la première heure – celui-là même à qui j’ai donné mon adhésion au Parti peu de temps après -, me conseilla de répondre positivement à la demande de Drieu. Je l’écoutai et j’allais voir Drieu, qui me reçut très bien.

Je peux dire qu’avec Drieu, j’ai été aussi attaché qu’on peut l’être avec un ennemi. Nous avons eu tous les deux, l’un pour l’autre, une grande affection.

Dès le premier jour, il a su qui j’étais. Il connaissait mes sentiments. Tout de suite, il m’a dit : « Vous êtes communiste ». Je lui ai répondu : « Je ne suis pas membre du Parti, mais c’est tout comme. »  Il m’a exprimé plus tard – très tard, en juin 44 – son désir de passer à la Résistance. J’ai transmis sa demande. On m’a ri au nez…

J’ai vu Drieu chez lui. Nous sommes sortis ensemble. Nous avons vu jouer Electre. En général, nous ne discutions pas de politique. Quand je lui reprochais les crimes nazis, il me répondait que les Soviétiques en faisaient autant. Lui se disait partisan du socialisme, mais il préférait aller au socialisme par le fascisme que par le bolchevisme parce que, selon lui, le fascisme était moins dur.

Il est certain que Drieu La Rochelle ne connaissait pas non plus toutes les horreurs des camps nazis et du nazisme, et c’est probablement quand il les a apprise qu’il s’est suicidé en 45.

Son suicide m’a fait beaucoup de peine. J’ai beaucoup aimé Drieu. Naturellement, nous étions des ennemis, il le savait. Je le lui ai écrit un jour, je ne sais plus à quel propos, en citant une légende irlandaise très connue. Il s’agit de deux frères qui se battent à mort. Deux frères qui se battent dans un ruisseau. Ils sont frères. Ils se battent. Ils s’arrêtent. Ils s’embrassent. Ils pleurent. Il faut que l’un tue l’autre. Je lui ai dit : voilà notre histoire.

Pas équivoques nos rapports, jamais.

Je lui disais : « Comment avez-vous pu écrire ça ? ». Parce que ce qui me gênait, c’est qu’il était beaucoup plus affirmatif dans ce qu’il écrivait que dans ce qu’il disait.

C’est ainsi que sur l’initiative de Marcel Arland, avec le soutien de Drieu La Rochelle, l’accord de Paulhan et sur la décision de Gaston Gallimard, Terraqué a été publié, en avril 42, sur du très mauvais papier, tiré à je ne sais combien, deux mille et quelques exemplaires sans doute. Un tirage assez vite épuisé. A l’époque, les gens lisaient des poèmes. Il n’y avait pas beaucoup de livres. Et puis, en période d’horreur, on lit plus volontiers la poésie… »

Extrait de « VIVRE EN POESIE ou l’épopée du réel » de Guillevic (éditions Le Temps des Cerises)

 

Donc, amis anti-fas, avant de me balancer des leçons de morale à la figure, prenez le temps de lire (une piste).

M’est également avis que dans les temps qui viennent, on va se remettre à lire plus volontiers de la poésie.