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23/10/2018

" Vous avez... "

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Vous avez la volonté trapue et c’est l’essentiel.
Gustave Flaubert à Maupassant

 

18/10/2010

Lundi... jour de Tribunal d'Instance sur le mode Michaux

La seconde édition du Cabaret Poétique a tenu toutes ses promesses, hier. Difficile d'analyser un tel cadeau. Je glisse donc un lien vers un premier retour. Le troisième épisode aura lieu le dimanche 5 décembre, toujours à 17h, toujours au Périscope. Qu'on se le dise !

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Rendez-vous dimanche prochain (24 octobre) au Centre Edouard Brenot, à Grigny, dans le cadre du festival Parole Ambulante. J'y croiserai le fer avec Alexandre Dumal et Mouloud Akkouche.

« Je demande la suppression des classes dirigeantes, de ce ramassis de beaux messieurs stupides qui batifolent dans les jupes de cette vieille traînée dévote et bête qu’on appelle la bonne société. Ils fourrent le doigt dans son vieux cul en murmurant que la Société est en péril, que la liberté de la presse les menace ! Eh bien, je tr...ouve maintenant que 93 a été doux ; que les septembriseurs ont été cléments ; que Marat est un agneau, Danton un lapin blanc et Robespierre un tourtereau.
Puisque les classes dirigeantes sont aussi inintelligentes aujourd’hui qu’alors ; aussi viles, trompeuses et gênantes aujourd’hui qu’alors, il faut supprimer les classes dirigeantes aujourd’hui comme alors, et noyer les beaux messieurs crétins avec les belles dames catins."
"Je ne comprends plus qu’un mot de la langue française, parce qu’il exprime le changement, la transformation éternelle des meilleures choses et la désillusion avec énergie : c’est merde."

Guy de Maupassant Lettres à Gustave Flaubert, 10 décembre 1877
et 3 août 1878.

01/02/2010

Trois "Mortelles randonnées" signées Pascal Garnier

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On peut compter sur l’auteur de « Nul n’est à l’abri du succès » et des « Hauts du bas » pour appuyer là où cela fait mal. Et rire parfois. C’est à cela que l’on reconnaît une page de Garnier, à sa façon de nous placer devant cette alternative : doit-on en rire ou en pleurer ? Doit-on en rire ou en pleurer de ce Bernard Ferrand, 22 ans et deux doigts en moins ? Doit-on en rire ou en pleurer de ce Simon Marechall, tueur à gage vieillissant ? De cette ville thermale, théâtre de leur rencontre, « riche de six sources, la Constantine, la plus vertueuse dans les surcharges pondérales (…), la Précieuse pour les traitements hépatiques, la Dominique très utiles dans les anémies (…), la Désirée, utilisée pour ses vertus laxatives, la Rigolette, prescrite dans les colites, la Camuse à utiliser en cas de paresse digestive. »

Bertrand et Simon. Le vieux tueur à gage embauche le jeune homme comme chauffeur. S’en suit un road-movie provincial dont Garnier a le secret, sorte de Twin Peaks Chabrolien. Très vite, nos deux (anti) héros devront faire avec des passagères clandestines : une jeune mère abandonnée et son bébé. Au bout de la route, il y aura pour le toujours vert Simon Marechall la redécouverte des larmes, et pour le même pas trentenaire Bernard Ferrand la possibilité d’une nouvelle vie malgré un retour à Vals-les-Bains où « il y a toujours le casino, des promenades, le château de Cros, les coulées basaltiques et Jean Ferrat ».

Pascal Garnier ne déroge pas à sa propre règle. Son dernier roman est, comme les précédents, une histoire de « naufragés que le hasard aurait réuni sur une île déserte ».

 

F.Houdaer

 

« Comment va la douleur ? »

de Pascal Garnier

éditions Zulma

192p., 16€

ISBN 2 84304 377 8

 

 

 

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Au commencement, il y a la fin de la guerre. « Été 44. (…) On pourrait croire qu’il ne s’est rien passé ». Les drapeaux « ne sont plus bleu, blanc, rouge mais plutôt mauve, beige et rose fané ». Tout l’art de Pascal Garnier est déjà là, qui dépasse de loin le sens du détail. Des hommes « avec leur fusil de chasse encore plein de paille et leur brassard FFI de la dernière heure » tondent un trio d’amies. Des femmes que Garnier fait se perdre de vue puis se retrouver quarante ans plus tard grâce ou à cause de quelques contretemps. Pas n’importe où : sur l’épicentre de leur humiliation, une bourgade du bord de Cher.

Pour Garnier, aujourd’hui se conjugue au passé simple, et les souvenirs de guerre qui ponctuent le récit au présent. Ce choix n’a rien de gratuit. Une fois ouverte sa « Parenthèse », il sait qu’il lui faudra bien la refermer, et il n’ignore pas que le réalisme de son récit se renforce à chaque coïncidence troublante (par exemple, tous les allemands croisés dans le roman, même à 40 ans de distance, s’appellent Manfred). Héritier de Maupassant et de Simenon, Garnier sait aussi bien croquer certains ruraux dans toute leur cruauté, que camper des personnages féminins riches d’une force proportionnelle à leurs meurtrissures.

« Trois vieilles chouettes sur une branche pourrie. (…) Au fond, toutes ces années passées n’avaient fait qu’une grande boucle pour les ramener à ces trois gamines qui formaient une espèce de bande dans la cour de la récréation. Sûr qu’on devient ce qu’on a été. »

Et quand les animaux se mettent à parler à un personnage qui s’enlise (au sens propre du terme), comment ne pas songer à l’univers sombre et bucolique de « La nuit du chasseur », où la faune la plus glauque offre une sorte de réconfort après que l’humanité ait démontré toute sa saloperie.

Une dernière précision, et d’importance. Le roman se conclut sur la phrase : « Je suis heureux ». Est-ce bon signe ? se demanderont les afficionados de Garnier.

 

F.Houdaer

 

Parenthèse

De Pascal Garnier

Editions Plon

184p., 16 euros

ISBN 2 259 19978 X

 

 

 

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Il faut oser. Il faut oser commencer un roman par la phrase : « Moi aussi, je connais Agen ! ». Pascal Garnier le fait, sans se poser de question. Et son lecteur, en confiance, de le suivre. « On évoque Agen, distraitement, au cours d’un dîner en ville, sans se douter qu’en fait, on l’invoque, et là, c’est autre chose ! » est-il utilement rappelé à la page 143 mais à ce stade là de l’histoire, il est déjà trop tard pour ses personnages, trop tard pour faire marche arrière.

Cela a pourtant (trop ?) bien commencé. Par des retrouvailles père-fille. Certes, le père aime s’accouder à la rambarde d’un pont pour s’abîmer dans la contemplation d’une autoroute. Ou rêver sur le bout du monde même si « le bout du monde devait ressembler à certains petits coins de Bretagne. C’était un peu décevant. » Certes, la fille sort de l’hôpital psy. Tous deux partent, ensemble. Avant que de se perdre tout à fait. Et il existe mille et une façons de se perdre. Surtout dans un roman de Garnier.

Le lecteur a le temps de souffler, de s’arrêter sur des détails savoureux. Le courant d’une rivière « charrie des débris de polystyrène », l’intérieur d’une voiture se caractérise par « un mélange d’odeurs contradictoires, pin, lavande, eau de Javel et maroilles », on trouve un bar « où il fait chaud et jaune comme dans un œuf ». Autant de traces de l’humour si particulier de l’auteur (il y aura bien, un jour, une thèse universitaire sur ce sujet… que l’on pourra titrer « Il vaut mieux en rire qu’en pleurer »).

Le roman est une suite d’étapes dans des villes typiques de l’univers de Garnier. Une station-balnéaire en pleine saison morte, par exemple. L’occasion d’une page d’anthologie sur les cerf-volants, les liens qui relient les choses et les gens. « Un jour, il faudrait bien inventer le ciseau à couper les ficelles, toutes les ficelles, celles qui nous lient étroitement les uns aux autres et abolir du même coup la loi de la pesanteur ».

Autre morceau de bravoure : Garnier nous dépeint l’anatomie de quelques piliers de comptoir pour nous donner à voir un strip-tease digne de l’émission du même nom ainsi que d’une toile de James Ensor.

Mais le meilleur (et le pire) reste à venir. L’escapade familiale va progressivement tourner au road-movie criminel. « Le Grand Loin » s’apparente moins aux précédents « romans gris » de Garnier, qu’à un authentique roman noir. Garnier, plus qu’un grand auteur, est un grand « ôteur », et joue de l’ellipse pour tendre son récit… façon de jouer avec les nerfs de son lecteur. Jusqu’au moment où il ne peut laisser dans l’ombre plus longtemps l’atrocité de certains destins.

 

F.Houdaer

 

« Le Grand Loin »

de Pascal Garnier

Éditions Zulma

162 p.

ISBN 978 2 84304 498 4

28/06/2009

Vollard and co...

Deux extraits du livre d'Ambroise Vollard : « En écoutant Cézanne, Degas, Renoir »

 

Vollard, dans une conversation avec Cézanne :

 

« Il me semble que cela devait être d’un intérêt passionnant, les rencontres que l’on faisait chez Zola : Edmond de Goncourt, les Daudet, Flaubert, Guy de Maupassant, et tant d’autres.

Cézanne : Il venait beaucoup de monde, en effet, mais c’était bien emmerdant, ce qu’on y entendait dire. J’ai voulu un jour parler de Baudelaire : ce nom n’a intéressé personne.

Vollard : Mais de quoi s’entretenait-on ?

Cézanne : Chacun parlait du nombre d’exemplaires, auquel on avait tiré son dernier livre, en mentant un peu bien entendu. Il fallait surtout entendre les dames. Mme X disait avec fierté et en défiant du regard Mme Z « Nous avons calculé, mon mari et moi, qu’avec les éditions illustrées, le dernier roman avait été tiré à 35000 exemplaires » - « Et nous, disait Mme Z en relevant le gant, nous sommes assurés pour notre prochain livre d’un tirage à 50000 exemplaires, sans compter l’édition de grand luxe… » Voyez-vous, Mr Vollard, Zola n’était pas un méchant homme, mais il vivait sous l’influence des évènements ! »

 

 

Vollard à Zola :

« - Vous avez des tableaux de M.Cézanne ?

Zola : Je les avait cachés à la campagne. Sur les instances de Mirbeau, qui voulait les voir, je les ai fait rapporter ici. Mais je ne les mettrai jamais au mur. Ma maison, vous ne l’ignorez pas, est la maison des artistes. Vous savez combien ils sont justes, mais sévères entre eux. Je ne veux pas abandonner au jugement de ses pairs le plus cher compagnon de ma jeunesse. Les tableaux de Cézanne sont enfermés là, dans cette armoire, à l’abri des regards malveillants. Ne me demandez pas de les sortir, cela me fait trop de peine, quand je pense à ce que mon ami aurait pu être, s’il avait voulu diriger son imagination et aussi travailler sa forme, car, si on naît poète, on devient ouvrier… c’est à son intention que j’ai produit « L’œuvre ». Le public s’est passionné pour ce livre, mais Cézanne lui est resté fermé. Rien ne pourra plus le sortir de ses rêveries : de plus en plus, il s’éloignera du monde réel…

Vollard : Mais s’il n’a pu réaliser son œuvre, M.Cézanne, du moins dans ses lettres, disait-il des choses intéressantes sur la peinture ?

Zola (baisant tendrement son petit chien) : Tout ce qu’écrivait Cézanne était imprévu et original : mais je n’ai pas conservé ses lettres… Je n’aurais voulu pour rien au monde qu’elles soient lues par d’autres, à cause de leur forme un peu lâchée. »

07/10/2007

"PARENTHESES" de Pascal Garnier

Au commencement, il y a la fin de la guerre. « Été 44. (…) On pourrait croire qu’il ne s’est rien passé ». Les drapeaux « ne sont plus bleu, blanc, rouge mais plutôt mauve, beige et rose fané ». Tout l’art de Pascal Garnier est déjà là, qui dépasse de loin le sens du détail. Des hommes « avec leur fusil de chasse encore plein de paille et leur brassard FFI de la dernière heure » tondent un trio d’amies. Des femmes que Garnier fait se perdre de vue puis se retrouver quarante ans plus tard grâce ou à cause de quelques contretemps. Pas n’importe où : sur l’épicentre de leur humiliation, une bourgade du bord de Cher.

Pour Garnier, aujourd’hui se conjugue au passé simple, et les souvenirs de guerre qui ponctuent le récit au présent. Ce choix n’a rien de gratuit. Une fois ouverte sa « Parenthèse », il sait qu’il lui faudra bien la refermer, et il n’ignore pas que le réalisme de son récit se renforce à chaque coïncidence troublante (par exemple, tous les allemands croisés dans le roman, même à 40 ans de distance, s’appellent Manfred). Héritier de Maupassant et de Simenon, Garnier sait aussi bien croquer certains ruraux dans toute leur cruauté, que camper des personnages féminins riches d’une force proportionnelle à leurs meurtrissures.
« Trois vieilles chouettes sur une branche pourrie. (…) Au fond, toutes ces années passées n’avaient fait qu’une grande boucle pour les ramener à ces trois gamines qui formaient une espèce de bande dans la cour de la récréation. Sûr qu’on devient ce qu’on a été. »
Et quand les animaux se mettent à parler à un personnage qui s’enlise (au sens propre du terme), comment ne pas songer à l’univers sombre et bucolique de « La nuit du chasseur », où la faune la plus glauque offre une sorte de réconfort après que l’humanité ait démontré toute sa saloperie.

Une dernière précision, et d’importance. Le roman se conclut sur la phrase : « Je suis heureux ». Est-ce bon signe ? se demanderont les afficionados de Garnier.

F.H.

Parenthèse
De Pascal Garnier
Editions Plon
184p., 16 euros
ISBN 2 259 19978 X