UA-136760349-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/11/2026

On parle de "SAMIRA" jusqu'en Suisse !

859030731_1081124251588397_6448739805081839044_n.jpg

Radicalement libre 

Judith Wiart et Frédérick Houdaer signent Samira, porté par la voix d’une mère dont le fils a rejoint Daech. Un récit sensible et vif qui joue avec les genres. 

A quatre mains, ils avaient déjà écrit Dures comme le bois (2022), recueil de dix-neuf nouvelles qui sondaient les «zones grises de notre époque». Ils récidivent aujourd’hui avec Samira, un roman bouleversant qui déjoue les attentes, porté par la voix d’une mère de famille dont l’un des fils est parti rejoindre Daech en Syrie. Si Judith Wiart comme Frédérick Houdaer ont tous deux une œuvre littéraire propre, ils inventent ici une troisième voix qui nous happe, sensible et acérée, tout en mettant en commun leur imaginaire pour construire une intrigue prenante à la lisière des genres.

Nous sommes en France, dans la cité du Bois-Joli, en 2014. Samira vit avec son plus jeune fils Jamil, lycéen. Sa fille a quitté le foyer pour suivre des études de médecine. Quant à Sofian, l’aîné, il a disparu en Syrie avec le fils de son amie d’enfance. Seulement, Younès, lui, est rentré. Même s’il va mal et reste étroitement surveillé, il est vivant, tandis que Samira est rongée par l’incertitude. On est d’emblée emporté par sa verve, sa lucidité, sa colère. Son courage, aussi: elle a élevé seule ses trois enfants après le départ de son mari – celui de son amie Zaïa aussi est un père démissionnaire – et elle fait des ménages pour leur assurer un avenir. Mère aimante et intelligente, elle ne comprend pas la dérive de son fils et jamais ne se pose en victime. On suit son quotidien, ses trajets à l’aube dans le bus glacial qui l’emmène vers le quartier des bureaux, ses échanges avec Jamil et sa fille Maïssane, avec Younès et Zaïa. Peu à peu se dessine le portrait d’une femme blessée et socialement dominée, mais qui, à la violence et à la haine, opposera l’amour inconditionnel et la confiance. Une sacrée puissance.

Rapide, imagé, le récit ménage ses surprises et ses révélations. Quand un molosse fait irruption dans le quartier et sème la terreur, Samira flirte avec le conte et le fantastique: à la fois bien réel et métaphore de nos métamorphoses, le monstre semble étrangement familier… Si toute radicalisation est aussi le résultat d’une langue et d’une pensée qui s’appauvrissent, Samira ouvre au contraire les possibles, fluidifie les frontières, joue avec les genres. Inspirant.

Anne Pitteloud

Le Courrier

images.png

Écrire un commentaire