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09/04/2015

Rencontres avec des z'hommes remarquables # 4 : Yves Artufel

Le bonhomme, au Cabaret Poétique de mai 2014 :

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F.H :

Yves, tu es né le même jour que moi, pas tout à fait la même année… Tu as la cinquantaine, les éditions Gros Textes existent depuis une vingtaine d’années… Avant de parler d’elles justement, et de leur incroyable catalogue, j’aimerais avoir une idée du jeune Yves Artufel et de son rapport (ou non) à la chose écrite et/ou imprimée… entre l'âge de quinze et de vingt-cinq ansmettons, dans cette douce période de la vie où l’acné défigure un Bukowski plus sûrement qu’un pitt-bull…

 

Y.A :

Entre 15 et 18 ans (années lycée en gros), je suis plutôt épargné autant par l’acné que par la poésie. Côté boutons, rien de méchant, quant à la poésie, je suis à cette période farouche militant communiste, la poésie pour moi, ne dépasse pas la frontière de l’album « Jean Ferrat chante Aragon ». Par contre la chose imprimée abonde dans ma chambre, je viens de jeter des cartons de bouquins des Éditions Sociales de cette époque (maison officielle du PCF à cette époque). A partir de 18 ans (années fac et petits boulots), je remplace le drapeau rouge par le drapeau noir des anars et du coup la poésie c’est « Léo Ferré chante Aragon ». Léo Ferré a la bonne idée de chanter également Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, ma culture poétique s’élargit sensiblement.

22 ans (1981), insoumis au service national, je me planque, la flicaille me retrouve et on m’envoie glandouiller à l’O.N.F., dans une petite ville de Lorraine. Je refuse de bosser et me mets à bouquiner comme un malade, une boulimie de lecture entre une bibliothèque et une petite chambre d’hôtel. Je lis à peu près tout ce qui me tombe sous la main. Je commence à écrire également et lance avec deux copains un embryon de revue imprimée clandestinement dans des bureaux sur de vieilles ronéos à stencils. Trois numéros paraîtront et puis s’en vont.

24 ans, école normale, je rentre dans le rang. J’imagine que le métier d’instit c’est cool, on file du boulot aux chiards et on lit tranquillement Bukowski à son bureau. On me dit que ça ne se passera pas comme ça. Je suis déçu mais ne comprend pas immédiatement ce qui pourrait faire obstacle.

 

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Toujours le même, dans ma cuisine, craignant que je ne l'ébouillante avec une pizza au fromage...

 

F.H :

A quel moment… quel auteur te fait franchir le Rubicon, te fait voir un peu plus loin que « l’embryon de revue ronéotypée » ? Quel est le premier ouvrage des éditions Gros textes ? Quelle est alors la nécessité qui te pousse à devenir éditeur ? Et, selon toi, qu’est-ce qui a nourri ce désir d’édition ces vingt dernières années, malgré tous les obstacles que tu ne vas pas manquer de nous narrer ?

 

Y.A :

Gros Textes fut d’abord une revue. Un truc qu’on décide de faire entre copains un soir de beuverie. Puis, les copains se lassent au bout de quelques numéros et je continue seul. Enfin non, pas tout à fait, car il y a un tissu relationnel qui se construit autour de la revue et m’incite à continuer. Comme je fabrique la revue avec mes petites mains, le saut est facile pour faire des bouquins en plus, à côté. C’est même pas un saut, c’est la même chose sauf qu’au lieu de plusieurs auteurs il n’y en a qu’un. Puis je me lasse de la revue et restent les éditions dont je vais certainement me lasser également dans quelques temps. Ce qui nourrit le désir ? Et bien, passer du temps dans un atelier à bidouiller des bouts de papier est une activité plutôt paisible, divertissante. Parfois des gens me disent qu’ils aiment bien alors pour moi c’est une sorte d’euphorie raisonnable.

Là ça fait un mois que je cherche la suite et voilà que Georges Hyvernaud me la fournit sur un plateau :

« Divertissements. On taille des petits bouts de bois. On fabrique des horloges, des boîtes, des jeux d’échecs. On s’émerveille de sa patience et de son ingéniosité. On bricole et on peinturlure, comme le prisonnier de Vigny tresse la paille pour oublier. Et ça finit par faire une espèce de vie très vivable, et même affairée et essoufflée. Excusez-moi, disent-ils, je suis très pris. Ils s’étonnent que les journées passent si vite. Ça doit être aussi la réflexion de l’écureuil quand il fait tourner tout un jour les barreaux de sa cage. »

J’en suis là.

 

 

ICI, une vidéo sur le Sieur Artufel (tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les coulisses d'une vie d'éditeur... Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes).

Rencontres avec des z’hommes remarquables # 1 : Jean-Marc Luquet

Rencontres avec des z’hommes remarquables # 2 : Jean-Jacques Nuel

Rencontres avec des z’hommes remarquables # 3 : Hervé Bougel

 

 

Commentaires

Qu'est-ce que ça fait du bien de lire ça !

Écrit par : Jean-Louis | 09/04/2015

Yves c'est un vrai généreux. Pas si courant chez les éditeurs, mais heureusement, il y en a quelques-uns.
Gros Textes for ever !

Écrit par : Michel Thion | 09/04/2015

Oui, ça fait du bien de lire ça et ça questionne aussi sur l'épuisement et ce qui fait tenir debout. J'espère que la lassitude restera à bonne distance quelques années, voir décennies, encore.

Écrit par : Antoine Le Boucher du Luberon | 09/04/2015

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