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25/12/2020

Anouilheries #4

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- Elle était si folle ce soir-là, elle parlait de tout, se coupant, jouant à être avec moi, tout à tour, chaque amoureuse de la mythologie. Elle me cherchait des airs de taureau, des airs de cygne… Elle m’avait même obligé, moi qui déteste cela, à allumer un énorme cigare, ne voulant plus me voir qu’entouré de fumée, sous prétexte que je ne sais plus quelle déesse avait été aimée par Jupiter, déguisé en nuage ! Tout cela coupé de notes, de bribes d’opéras, de réminiscences de ses rôles. J’ai également été Siegfried et quelques autres héros wagnériens ce soir-là.

- Mais vous êtes bien sûr qu’elle ne vous a pas dit, une seule fois, tout simplement : « Je vous aime » ?

 

Anouilh, « Léocadia » (illustration : Eduard Thöny)

 

14/12/2020

Anouilheries #3

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Hector : - Vous êtes cruelle.

Eva : - Vous me déplaisez. C’est ma façon de vivre ; je suis cruelle avec ce qui me déplaît. Mais en revanche, quand quelqu’un me plaît, je suis capable de tout.

- Ah ! Pourquoi ne puis-je pas réussir à vous plaire une seconde fois ?

- Vous le savez bien, vous n’êtes plus le même.

- Quelle horrible absence de mémoire ! Je vous l’ai dit, ce déguisement, c’était une fantaisie d’aristocrate (…).

- Je conserve avec plaisir le souvenir d’un jeune homme qui m’a parlé dans le parc. Retrouvez-le. J’en serai peut-être encore amoureuse.

- C’est une aventure ridicule ! Si vous consentiez au moins à me mettre sur la voie. Dites-moi seulement si j’avais une barbe quand je vous ai plu.

- Je vous ai répondu que cela ne m’amuserait plus si je vous le disais.

- Vous reconnaissez ma voix, mes yeux pourtant ?

- Oui, mais cela ne suffit pas.

- J’ai la même taille ! Je suis grand, bien fait. Je vous assure que je suis bien fait.

- Je ne crois qu’aux visages.

- C’est horrible ! Je ne retrouverai jamais sous quelle forme je vous ai plu. Ce n’était pas en femme, au moins ?

- Pour qui me prenez-vous ? 

 

Anouilh, « Le bal des voleurs » (illustration : Eduard Thöny)

 

 

05/12/2020

Anouilheries #2

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Lady Hurf : - Prenez une décision !

Lord Edgard : - Je vais faire venir un détective en spécifiant que je le veux honnête.

- Jamais, entendez-vous ! S’il est honnête, il sentira mauvais et il courtisera mes femmes de chambre. Ce sera intenable. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je vous dis tout cela. Je m’ennuie comme une vieille tapisserie.

- Oh ! chère amie…

- Je ne suis pas autre chose.

- Vous avez été si belle.

- Oui. Vers 1900. 

 

Anouilh, « Le bal des voleurs » (illustration : Eduard Thöny)

 

19:08 Publié dans où je lis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : anouilh, thöny

30/11/2020

Anouilheries #1

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- On connaît toujours trop de gens. D’ailleurs, j’ai horreur des histoires de noyés. Votre pauvre oncle nageait comme une clé. Il s’est noyé sept fois. Je l’aurais giflé. 

Anouilh, « Le bal des voleurs » (illustration : Eduard Thöny)

 

09:10 Publié dans où je lis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anouilh, thöny, noyade

23/01/2005

Anouilh et Audiberti, champions du monde

Recopiées dans mon disque dur depuis belle lurette, ces phrases somptueuses signées Anouilh et Audiberti. Question: où les ai-je repêchées ? Ce n’est pas un jeu… Je l’ignore vraiment.  Qui me rafraîchirait la mémoire ?        

“ Je veux que tout redevienne difficile, qu’on paie tout soi-même, l’amour et la liberté, et que ça coûte cher. ” 

Jean Anouilh

               

“ La rage de découvrir une droite et une gauche dans le strict domaine du style ne se recommande, certes, d’aucune science, d’aucune méthode. Il n’est pas interdit, néanmoins, de constater que l’aisance, la fluidité, disons “ aristocratique ” de la plupart des écrivains du XVIIIème siècle, reliées à la prose incolore et suprêmement aisée de Fénelon et de Mme de La Fayette , se prolongea jusqu’à nous dans un certain ton élégant, désinvolte, volontiers bâclé, où se restitue le langage parlé d’une bonne société altière et bien-disante. Cette formule rassemblerait à la fois Lamartine, Alfred de Musset, les gens qui écrivent leurs mémoires, tous ceux qui pratiquent un rythme moralement “ impair ” à la fois coulant et entrecoupé, talon rouge même si le signataire s’appelle Verlaine. A cette formule s’opposerait le martèlement laborieux, cordonnier, forgeron, “ prolétaire ” de certains, Michelet, Hugo, Péguy. Ceux-là, par une sorte de hantise matérielle et carrée de la phrase, quels que soient par ailleurs les souffles qui les portent, ceux-là suggèrent la C.G .T. Chateaubriand est à cheval sur eux et sur Talleyrand. Ces forgerons prosodiques engendrent Jaurès. Zola frappe à leur porte. Ils montrent sans cesse leurs bras, leur sueur. Ils ont, au moins, un prédécesseur, Bossuet. En effet Bossuet, comme Hugo, fait valoir le muscle. Il brandit le marteau. Mais Stendhal (…), comme Saint-Simon, tout en passant sa vie à écrire, donne l’impression qu’il n’en a pas le temps, requis par des rendez-vous, des bains à prendre, des pédicures, des archevêques. Leconte de Lisle, travaillant ses vers sous un étau, serait un écrivain de gauche. De droite, Jean Paulhan, pour autant qu’il feint de pondre du bout des doigts. De droite aussi Drieu La Rochelle , toujours à la limite de la faute d’orthographe, par dandysme subtil, par brillant laisser-aller. Mais cette division, je le répète, n’a quelque sens qu’en cuisine écrivassière pure. ”

Audiberti

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