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23/09/2016

Lettre de Max Jacob à Luc Dietrich

3 avril (1938 ?), St Benoît (sur Loire)

 

Mon cher Luc

Toutes ces promesses qu'on se fait à soi-même pour "après la mort" : excellence reconnue des œuvres, gloire, but du travail, etc... ce ne sont que des consolations qu'on se prodigue, des prétextes à travailler à blanc, des raisons de se foutre du succès ou des illusions par l'impuissance à l'atteindre (toi tu l'atteins très fort). Je te remercie donc d'ajouter une certitude à mes espérances. J'ai toujours cru en mes nécrologies : je me suis fait des amis, des jeunes, pour qu'ils aient quelque chose à dire de moi après ma mort ; mais personne ne m'avait encore promis nettement l'article nécrologique comme tu viens de le faire généreusement. Merci et merci ! Je suis rassuré. Oui, cette revue Aguédal ! Elle est un peu en retard. Tout cela était bon il y a dix ans... Enfin ! J'y vois des preuves d'amitié de Jean Denoël, Bosco et Michel Levanti, et l'amitié est pour moi une joie, mon dernier et seul bien. Quant aux vingt ans que tu me prêtes encore à vivre, je les regarde avec une terreur solennelle ! Encore vingt ans d'injures, d'humiliations, de moqueries, de mensonges, etc... Dans dix ans mon langage ne sera plus compris, mes souvenirs et mes anecdotes n'intéresseront plus personne. J'aurai perdu mes vieux amis, et les jeunes actuels, poussés par d'autres jeunes devront m'abandonner. Dans ma famille on vit plus de 80 ans... Oui ! C'est l'hospice de Saint Benoît ! deux cannes et le gâtisme.

Merci de m'aimer ! Je serre tes deux mains et j'embrasse ton cher visage.

Max Jacob.

 

Lettre inédite.

 

 

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