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10/10/2005

Lundi 10 octobre

- Qu’est-ce que tu écris en ce moment ?

- Ben… Des préfaces !

Je finirai comme notre bon maire de Lyon, Edouard Herriot… qui peut se vanter d’être l’auteur de près de 800 préfaces ! Et dans tous les genres ! Ainsi, il a préfacé un bouquin intitulé « Le chauffage électrique », un autre consacré à « Du Pont de Nemours, honnête homme », un troisième évoquant « L'enfer des bêtes (étude documentaire sur la malfaisance envers les animaux) », un « Manuel de transports commerciaux et de douane », etc.

Quelques titres encore, pour la bonne bouche : « Histoire de la boucherie lyonnaise », « L'inlassable effort des Tchéco-slovaques », « Le Kemalisme », « Le petit oeuvre d'amour et gaige d'amytié »,  sans oublier le fameux « Place aux vieux ! » signé du Docteur Bidon (je n’invente rien).

En ce qui me concerne, le bilan est plus modeste. Mais depuis septembre, CINQ livres ont été publiés dont j’ai signé la préface (éditeurs différents, contenus divers…).

Avant de vous parler de ce qui m’a rempli de colère ces derniers jours (la censure de l’un de mes textes), je vous copie-colle l’une de mes préfaces récemment publiées. Elle ouvre le livre « REGARDS SINGULIERS, VOIX PLURIELLES (Paroles de jeunes des Minguettes) » publié aux Editions de la Passe du Vent. Pour être plus précis, pour rajouter un détail piquant, elle suit une première préface signée par André Gérin, le maire communiste de Vénissieux.

«  L’ENTRE-DEUX-PAIX

Une à une, les rencontres de Thierry Renard qui jalonnent ce livre. Une à une, les pulsations du cœur du poète. Une à une, les phrases, les bribes de dialogues, les leçons d’intégrité qui circulent entre les protagonistes de ce livre.

N’oublions pas le sens premier du serrement de mains. Montrer que l’on n’a pas d’armes. Ensuite ? Découvrir que chacun a une histoire, et la possibilité de l’assumer, de s’en détacher, de s’y enfermer, c’est selon.

Thierry Renard opère sur le terrain, à vif. Il ne fait pas dans la taxidermie (il lui manque quelques diplômes de sociologie pour cela). Le goupil est un animal injustement décrié. Sa capacité à l’empathie est sans limite. Il sait suspendre son jugement, même quand on lui tient des discours non dénués de moraline. Les jeunes qu’il rencontre, qu’il écoute, ont le mot “ paix ” facile. Certains ont plus souffert d’un conflit familial que de la guerre qui déchirait leur pays d’origine. Il y a les mots de la tribu, les non-dits et les silences de la tribu, les non-pardons de la tribu. Il y a les mots de Thierry Renard qui clarifient et apaisent… Paradoxalement, il faut une grande vivacité au poète pour parvenir à ce résultat.

Le jeune Omar cite, et il fait bien : “ Aime ton ami avec quelques réserves, car il pourrait devenir ton ennemi ; déteste ton ennemi avec quelques réserves car il pourrait devenir ton ami ”.

Frédérick Houdaer »

 

Vénissieux, donc. Cela fait des années que je fréquente cette ville. Culturellement, il s’y passe bien plus de choses que dans les cités voisines. L’activité de l’association Pandora n’y est pas pour rien.

À la fin de l’année dernière, j’ai été recruté par l’équipe municipale des « Fêtes Escales ». Ma mission : animer des ateliers d’écriture dans divers endroits de Vénissieux (collège Aragon, usine R.V.I…), et effectuer des lectures poétiques en appartement. Cette dernière expérience était inédite pour moi. Lire chez les gens, entre leur canapé et leur poste de télévision… Cela m’a fait redécouvrir le trac !

Le travail que l’on me demandait s’étalait sur plusieurs mois. Il était payé (une somme forfaitaire), mais il ne s’agissait pas que je compte mes heures.

Les lectures se sont plutôt bien déroulées. Néanmoins, un certain nombre de détails m’a vite sauté aux yeux. Quand je les signalais à Blandine (de Fêtes Escales), elle faisait celle qui n’avait rien entendu ou envoyait la balle en touche. Pour résumer mon impression naissante : je n’étais plus poète depuis belle lurette dans cette affaire, je faisais de l’animation culturelle. Le plus dramatique, c’est l’absence de relais dont nous avons pâti dans les structures/lieux où je suis intervenu pour les ateliers d’écriture. Dans la bibliothèque de RVI où j’ai animé des ateliers d’écriture (fréquentation quasi nulle), je n’ai jamais vu aux murs les affiches annonçant l’activité.

Quand je parle d’absence de relais, c’est un euphémisme.

Cette « absence de relais » aurait pu se comprendre s’il s’était agi de la première édition des « Fêtes Escales ». Il n’en était rien. J’avais pourtant le sentiment d’essuyer les plâtres à chaque intervention. Je crois que Florent de Fêtes Escales n’était pas chaud pour que des animations aient lieu à RVI, il avait tiré les leçons des années précédentes mais Miss Blandine n’en avait cure, elle s’entêtait.

Moi qui n’ai jamais craint de devoir m’adapter à de nouveaux terrains, je me suis laissé gagner au fil des mois par un sentiment… assez lourd.

Plus d’une fois, j’ai eu envie de tout planter là (ce n’est pas mon genre). D’interrompre ma lecture chez cette dame dont la fille, enfermée au premier étage, regardait la télé avec le volume à fond. De stopper le énième atelier d’écriture à RVI où, en dehors de deux-trois personnes vraiment motivées, je ne rencontrais qu’indifférence voire hostilité.

Je n’ai rien stoppé. J’ai poursuivi, fini chaque travail entamé.

ET J’AI EU TORT. 

Il y a eu cette journée « festive » dans le parc public de la ville, annoncée à grand renfort d’affiches quatre par trois. Les groupes de musique qui s’y produisaient avaient leur nom écrit en plus ou moins gros, les deux poètes de service chargés de faire une énième lecture publique n’étaient même pas cités.

Au terme de tous les ateliers d’écriture dont j’ai eu la responsabilité, il s’est agi de sortir un petit recueil des textes écrits par les (rares) participants (heureusement, leur motivation compensait leur faible nombre). Blandine m’a demandé un texte pour une préface. L’occasion pour moi de me reposer de véritables questions sur la posture de l’animateur de l’atelier, sur ce qui me motive. L’occasion également de parler de la banlieue et des jeunes que j’y rencontre (un ascenseur social en panne ? Quel ascenseur ? Il n’y a plus d’ascenseur dans la cage, il n’y a plus que la cage), de dresser un tableau qui n’a certainement rien de rose même si je le voulais traversé par une énergie certaine, de poursuivre en quelque sorte un autre texte que j’avais écrit (voir plus haut, la préface à « REGARDS SINGULIERS, VOIX PLURIELLES (Paroles de jeunes des Minguettes) » ).

Et Miss Blandine, qui n’avait pas écouté les remarques que j’avais pu lui faire (trop gentiment) ces derniers mois, a pris connaissance de ce texte puis décidé qu’il ne passerait pas. S’il lui fallait un texte de catéchisme de gauche, il ne fallait pas me le commander !

Voici donc cette (très courte) préface qui ne sera jamais préface :

« Jodorowsky écrivait dans les années 70 : “ Le jour viendra où les jeunes se trouveront face au dilemme : poseur de bombes ou conteur ? ”.

Nous y sommes. La prospective de Jodorowsky n’était en rien exagérée. Maintenant, que voulons-nous ? Quelle stratégie sommes-nous prêts à poser ? Je ne méconnais pas l’enjeu qu’il y a dans un atelier d’écriture. Je ne méconnais ni la beauté de ce mot « atelier », ni l’ambiguïté du rôle de l’animateur, sorte de pompier pyromane.

Je ne maîtrise pas l’avenir. Je sais juste que cela n’a rien à voir avec la politique. Que cela à TOUT à voir avec la politique. 

                                                                    Frédérick Houdaer »

D’accord, Jodorowsky omet une troisième possibilité pour tous les jeunes, la catégorie qui attirera le plus grand nombre d’entre eux : celle des zombis consommateurs. J’aurais dû la mentionner dans la préface que j’ai proposée. Ce n’est pas cela qui l’aurait protégée de la censure, qui l’aurait sauvée aux yeux des autruches.

Histoire de finir sur une touche plus positive, de saluer de belles personnes croisées lors de ces « Fêtes Escales », un coucou à Abdelwahed A., Younes B., Gilles R., Sophie S. et son frère qui tous (à titre divers) se sont impliqués dans ce marathon. J’ai été heureux de croiser leur route (j’omets de mentionner deux ou trois autres personnes dont j’ai oublié le prénom, mais elles savent que je pense à elles).

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